Le cerveau en 3D
On pourrait penser qu'il s'agit d'une nouvelle technique d'imagerie, mais plus prosaïquement, les auteurs américains et danois se sont intéressés aux risques de démence chez des patients dépressifs et diabétiques...
" Le tout est plus que la somme des parties ", cette phrase attribuée à Aristote vaudrait-elle également pour la démence, le diabète et la dépression ? C'est la question posée par cet article. Il ne fait plus de doute que dépression et diabète pris séparément soient des facteurs de risque de démence. Cependant, peu d'études se sont penchées sur le risque lorsque ces deux pathologies se retrouvent chez un même patient.
Les chercheurs ont mené une étude de cohorte sur base de registres nationaux danois de la démence et de la dépression. Les patients y sont soit repris avec un diagnostic confirmé, soit sur base des médicaments reçus : anticholinestérase et mémantine pour la démence type Alzheimer et d'antidépresseurs pour la dépression.
Ils ont calculé le risque de démence pour le diabète et la dépression pris seuls puis ensemble, en tentant d'ajuster les facteurs confondants. Ils ont donc pu évaluer près de 2,5 millions de personnes dont 19% avaient une dépression, 9,1% un diabète et 3,9% les deux ensemble. Sur un suivi de 13.834.645 années-personne, 59.663 participants ont développé une démence soit 2,4%. De ceux-ci, 6.466 (10,8%) présentaient un diabète, 26,4% une dépression et 6,7% les deux. Cela a permis de calculer le risque de développer une démence multiplié par 1,2 en cas de diabète, par 1,83 en cas de dépression et par 2,17 lorsque la personne diabétique souffre aussi de dépression par rapport à ceux qui ne présentent aucun de ces facteurs de risque et dont les caractéristiques démographiques sont les mêmes. La stratification de la cohorte en fonction de l'âge a d'ailleurs permis de noter que l'association dépression+diabète multiplie par 4,84 le risque de démence chez les participants de moins de 65 ans et de 2,08 chez les plus de 65 ans.
Les auteurs concluent que malgré des biais inhérents à ce type d'étude, les données qu'ils présentent sont solides. La pensée aristotélicienne peut donc bien s'appliquer dans ce cas aussi. Reste à confirmer qu'une intervention sur l'un de ces deux facteurs séparément ou ensemble puisse réduire les risques de démence...