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Un projet pilote à Liège

La situation des prisons en Belgique doit pousser les équipes pluridisciplinaires en charge du traitement de l'assuétude à faire mieux. Pour faire évoluer les mentalités mais aussi les politiques en matière de santé publique, et surtout pour améliorer la prise en charge des patients.

Laurent Zanella - 15 mai 2015

Depuis deux ans, un projet-pilote a démarré à Liège, dans la prison de Lantin, grâce au Dr Benoit Skrzypek et Dr Françoise Moreau. " Nous venions de la prison de Verviers, on nous a proposé de nous occuper exclusivement des toxicomanes à la prison de Lantin. On a donc une consultation qui y est dédié, de deux heures et demie, deux fois par semaine. "

L'idée est de distribuer le suboxone dans les réglettes distribuées aux patients chaque matin à un guichet, parmi d'autres traitements. Une méthode avantageuse à plus d'un titre. " Les réglettes permettent plus de confidentialité, moins de stigmatisation et une meilleure responsabilisation ", argumente le Dr Skrzypek.

Quelles motivations ?

Selon les premiers résultats récoltés dans la prison, les traitements de substitution réduisent la criminalité, notamment l'utilisation de drogue illicite et les arrestations un an après la libération. La continuité des soins après la libération est également importante à ce titre. " Ce n'est pas tout à fait notre but, mais il faut en tenir compte", avoue le médecin référent au SPF Justice en prison.

La motivation est évidemment plus médicale: il s'agit de distribution, à terme, du suboxone dans les réglettes des patients en prison. Pourquoi privilégier le suboxone à la méthadone ? "Le suboxone est plus sûr ", explique le médecin référent. " En manipulant le suboxone, on a moins de cas d'overdoses. Parce qu'il y a une consommation associée importante de benzodiazépines, qui est, je pense, plus nocive associée à la métha qu'au suboxone. Et cette consommation, qu'on le veuille ou non, elle existe : ils se les achètent, ils se les échangent, ils les font entrer...elle existe, tant avec le suboxone qu'avec la méthadone. "

Le suboxone réduit également le mésusage. Ce mode de distribution est appliqué dans d'autres pays notamment en France (Nantes, Montpellier, Angers, Paris).

Protocole

Tous les patients faisant une demande de traitement de substitution sont systématiquement dirigés vers les médecins addictologues de Lantin qui vont estimer si et quel traitement est nécessaire.

Dans le cas d'un traitement de substitution au suboxone, un accord de principe sera signé entre le médecin prescripteur et son patient, une explication et/ou rappel sera formulé quant à la bonne utilisation du médicament et à la relation de confiance existant entre médecin et patient. " C'est une étape symbolique importante dans le processus de prise en charge du patient ", confie le Dr Skrzypek.

Après un mois de distribution du traitement sous prise contrôlée, nécessaire à l'éducation thérapeutique du patient à son traitement, celui-ci sera sur décision du médecin prescripteur distribué dans la réglette du patient (ce délai peut être prolongé ou raccourci par le médecin addictologue).

Une fois le traitement de substitution délivré dans la réglette journalière, le patient visite alternativement le médecin toxicologue ou une infirmière en charge du projet toutes les deux semaines.

Le patient pourra également être vu chaque fois qu'il en fait la demande dans les meilleurs délais.

Pas la panacée pour autant

À la prison de Lantin, il y a plus ou moins 1.000 détenus. On y dénombre 33 à 50% de patients toxicomanes. Il est donc difficile de déplacer tous les usagers de drogue pour leur traitement en pharmacie. D'où la volonté d'utiliser les réglettes. La loi n'était pas en la faveur de l'initiative. " On nous traitait de dealer, mais il faut comprendre que traiter n'est pas dealer", explique le Dr Skrzypek. L'appellation " projet-pilote " vient de cet écart vis-à-vis des positions législatives.

Malgré cette initiative, la prise en charge des patients n'est pas optimale. Il y a un manque d'équivalence des soins entre l'extérieur et la prison, de formation du personnel soignant, de qualité intrinsèque dans la prise charge (la consultation d'addictologie n'a été créée qu'en 2012). Il faut également tenir compte de la réticence des patients eux-mêmes, toujours stigmatisés et frustrés par le mode de fonctionnement des traitements de substitution dans et en dehors des prisons.

Le projet continuera et sera probablement étendu à d'autres établissements pénitentiaires d'ici la fin de l'année. " L'idéal serait d'avoir un référent dans chaque prison, mais nous n'en sommes pas encore là. Nous n'avons pas un environnement facilitant ce genre de projets à l'heure actuelle."

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