La MG face aux usages problématiques d'Internet et des jeux vidéo - Dr L. Richelle
" L'addiction à Internet " est un sujet de société qui m'interpellait depuis quelques années. Durant mes premiers mois d'assistanat, je suis confrontée à un enfant de 3 ans dont la mère me dit qu'il est " addict " à un jeu vidéo, qu'il est " indéscotchable ". Elle est désespérée et me demande que faire. Je suis désemparée ; peut-on parler d'addiction à 3 ans ? Que lui dire ? Quel est mon rôle ?
J'essaye de lui donner des conseils de bon sens mais je m'aperçois vite de mes limites. Dans d'autres situations, je sais où trouver l'information ; ici, je suis perdue. J'ai le sentiment qu'il s'agit d'un sujet qui peut concerner les généralistes, que je dois me pencher dessus pour répondre correctement aux autres mères qui viendraient me consulter. Je décide dès lors de profiter de ce TFE pour répondre à mes interrogations.
D'emblée se pose la question de l'addiction à Internet : quels en sont les critères ? Ne diagnostiquons-nous pas trop vite une personne " addict ", avec les conséquences néfastes que cela peut induire ? En effet, la notion de cyberdépendance ne fait pas consensus ; nombreux sont les chercheurs qui pensent qu'il ne faut pas qualifier de pathologiques des situations qui sont souvent transitoires (notamment pendant l'adolescence) et fréquemment davantage de l'ordre de la passion que de l'addiction. Les critères diagnostiques et la définition ne faisant pas l'unanimité, l'on note des variations très importantes de prévalence. En Belgique, une étude (Klein et al. , 2014) a mis en évidence un usage compulsif chez 1,2 % des adolescents et 0,45 % des adultes. Les situations problématiques se rencontrent surtout dans la pratique des jeux vidéo où l'investissement passionnel peut mener à des situations dramatiques.
L'objet initial de ce TFE était de faire un état des lieux de cette problématique en MG, aucun écrit n'ayant été rédigé sur le sujet. Dans un premier temps, l'idée était de réaliser une recherche qualitative sous forme des focus-groups afin d'évaluer l'importance de cette problématique, la connaissance du sujet et la prise en charge en médecine générale. Grâce aux 5 focusgroups, 61 personnes furent interrogées, dont 59 n'avaient pas été formées sur le sujet. Il ressort de l'analyse que le médecin généraliste ne se sent pas apte à répondre à cette problématique, même s'il y est confronté et qu'elle le préoccupe. L'étude révèle également que face à de la fatigue et des céphalées (plaintes le plus souvent rapportées), le MG ne pense pas suffisamment à ce diagnostic, même si, comme le souligne l'étude, il ne rencontre que peu de situations pathologiques, souvent de l'ordre d'une psychopathologie sous-jacente. Toutefois, les questions des patients à ce sujet - et notamment des parents dépassés -auxquelles le généraliste ne sait répondre sont nombreuses.
J'ai ensuite décidé, sur la base de mes recherches, d'élaborer un petit guide de prise en charge afin d'aider les médecins généralistes dans la problématique d'Internet en termes de prévention (règle 3-6-9-12), de dépistage (public cible, questions cibles) et de prise en charge (analyse de la situation, travail et établissement d'objectifs avec la personne, aide à la restauration du rôle parental). Je pense que le généraliste est tout à fait apte à entamer un travail avec le patient tout en sachant reconnaître ses limites et qu'il occupe, malgré lui, une place toujours plus importante dans l'éducation. Par ailleurs, poser des questions quant à l'utilisation d'Internet pourrait même être vu comme une fenêtre permettant d'aborder la santé mentale du jeune et un outil de dépistage pour la dépression, par exemple.
Pour conclure, si Internet a révolutionné notre mode de vie et présente de nombreux avantages non négligeables, son utilisation peut générer ou répondre à une souffrance. En tant que médecin de famille, nous ne pouvons ignorer son existence dans notre pratique, afin d'adopter une attitude thérapeutique appropriée. Nous pourrions également profiter de la place privilégiée que nous occupons au sein des familles pour réaliser de la prévention face aux dérives de ces technologies fantastiques.
(*) Titre complet : La médecine générale face aux usages problématiques d'Internet et des jeux vidéo
Promoteurs : Pr Dr Pascal Semaille & Pascal Minotte