La prise en charge du diabète pendant le ramadan
La plupart des données au sujet de la prise en charge des patients diabétiques lors des périodes de jeûne proviennent d'experts, et il existe peu d'études randomisées. Les premières recommandations de l'American Diabetes Association datent de 2005, et ont été mises à jour en 2010. Mais depuis lors, de nombreux nouveaux médicaments ont complété l'arsenal thérapeutique disponible.
Les patients doivent être classés en fonction du risque d'hypoglycémies et/ou de la présence de complications avant le début de la période de jeûne. En cas de risque élevé d'hypoglycémies et de complications nombreuses, il est recommandé de convaincre le patient de ne pas jeûner trop longtemps. Toutefois, même dans le groupe courant un faible risque d'hypoglycémies, des effets néfastes peuvent survenir. Pour les limiter et garder un contrôle correct de la glycémie voire l'améliorer, il est nécessaire d'éduquer le patient et de discuter du monitoring du glucose et des schémas de traitement au cours des semaines qui précèdent le ramadan. Les patients sont encore trop souvent convaincus du fait que la piqûre dans le doigt, afin de mesurer la glycémie, est une infraction au jeûne, mais il n'en est rien. Une éducation solide diminue la prise pondérale et les hypoglycémies.
Antidiabétiques oraux
La metformine, les inhibiteurs de l'alpha-glucosidase, les glitazones et les inhibiteurs de la DPP4 sont considérés comme sûrs, et ne nécessitent pas d'adaptations importantes des doses. Les médicaments qui stimulent la sécrétion endogène d'insuline (sulfonylurées et glinides) requièrent une plus grande prudence. La dose de sulfonylurées doit être réduite en fonction du contrôle glycémique, de la fonction rénale et des complications avant le début du jeûne.
Les analogues du GLP-1 ont l'avantage de diminuer l'appétit et d'améliorer le contrôle glycémique chez les diabétiques obèses. On ne dispose pas de données au sujet des inhibiteurs plus récents du SGLT2 pendant le jeûne.
Insuline
La dose totale d'insuline doit souvent être adaptée pendant le jeûne, et ce, tant chez les diabétiques de type 1 que de type 2. L'utilisation d'insulines à longue durée d'action (glargine et détémir) et d'insulines ultrarapides (lispro, asparte et glulisine) pendant le ramadan est supérieure aux insulines humaines (NPH et regular) sur le plan de la réduction des hypoglycémies. Une dose plus importante d'insuline ultrarapide après un repas du soir copieux peut être une possibilité.
On ne dispose pas d'éléments au sujet de l'efficacité et de la sécurité d'associations fixes d'insuline pendant le ramadan. Ces produits sont fréquemment prescrits aux diabétiques de type 2, dans les pays musulmans, et ils induisent un risque d'hypoglycémies accru.
Une pompe à insuline permet d'instituer un fractionnement adapté de la dose : moins d'insuline basale pendant la journée et des bolus postprandiaux plus importants après l'interruption du jeûne.
Alimentation adaptée
En mangeant moins de sucres complexes après le coucher du soleil et davantage de sucres complexes au cours du repas précédant le lever du soleil, les diabétiques de type 2 peuvent également mieux contrôler leur glycémie à jeun et postprandiale, en modifiant la composition de leur alimentation. Les dattes, par exemple, ont un index glycémique faible et sont riches en fibres. De ce fait, elles diminueraient le risque cardiovasculaire, bien que leur effet bénéfique chez les diabétiques faisant le ramadan doive encore être prouvé.