P. gingivalis présent au stade préclinique de la polyarthrite rhumatoïde
De plus en plus d'études suggèrent que Porphyromonas gingivalis favoriserait la survenue d'une polyarthrite rhumatoïde (PR). Le fait qu'un traitement intensif de la parodontite diminue le DAS28 en quelques semaines est un solide argument...
Le cas clinique interpellant est celui de ce patient de 61 ans avec un diagnostic de PR selon les critères ACR/EULAR et des anticorps anti-CCP positifs. Le patient présentait un kyste apical dentaire qui a été traité avant l'instauration d'un traitement de fond pour la PR. Après 1 mois, la symptomatologie articulaire a régressé et le patient n'a pas été traité par DMARD. Un germe anaérobie est pointé du doigt, Porphyromonas gingivalis capable d'induire un excès de citrullination au niveau de la gencive. Par une série de mécanismes, il pourrait activer des ostéoclastes et favoriser une inflammation à bas bruit. Chez l'animal, l'induction d'une parodontite expérimentale induit une arthrite plus sévère avec des érosions osseuses plus prononcées. Sur le plan épidémiologique, l'association est confirmée avec des patients atteints de parodontites qui ont plus souvent une PR (OR = 2,06) et inversement des patients avec une PR qui ont plus de parodontites (OR = 1,8).
La preuve par la clinique
Chez 40 patients avec une PR et une parodontite, le traitement de la parodontite diminue le DAS28 de 5 à 3,5 en 6 semaines. Une autre étude a montré des résultats similaires. C'est d'autant plus important que dans cette cohorte prospective1 de 72 patients avec une PR, jamais traités par un DMARD ou des corticoïdes, les patients avec une parodontite ont un DAS28 plus élevé (p = 0,02) et un risque plus important d'être ultérieurement traités par méthotrexate que les patients qui ne présentent pas de parodontite (HR = 2,68, p = 0,03). L'activité de la PR et le risque d'introduction du méthotrexate s'accroissent avec la sévérité de la parodontite, même si la relation n'est pas tout à fait statistiquement significative. Pour les auteurs, ces données plaident pour un bilan dentaire préalable à toute décision thérapeutique, même si les séries de patients sont limitées dans ces études.