Pr Joyeux, l'icône médicale des antivaccins
La pétition lancée par Henri Joyeux a déjà récolté plus de 690.000 signatures. Et pour cause, ce cancérologue français y accuse l'industrie pharma d'organiser la pénurie des vaccins DTP, sous couvert de l'État, au profit de l'Infanrix Hexa, "nettement plus coûteux et dangereux". L'Institut du Cancer de Montpellier a décidé de pas renouveler le contrat du Pr Joyeux arrivé à échéance ce mardi, tandis que le Conseil national français de l'ordre des médecins a déposé une plainte disciplinaire.
Empoissonnement d'enfants pour servir les seuls intérêts commerciaux des groupes pharmaceutiques, avec la complicité du ministère de la Santé, voilà tous les ingrédients d'un grand complot réunis. L'auteur de ce scénario catastrophe, le Pr Joyeux. Un chirurgien digestif, cancérologue et nutritionniste de 70 ans, conférencier réputé ou encore écrivain, on lui doit notamment " Les abeilles et le chirurgien ", " Le thym et le chirurgien ", " Le chocolat et le chirurgien "...
Son plus récent succès a ainsi lieu actuellement sur internet. Sa pétition intitulée " Vaccin obligatoire: les Français piégés par la loi et les laboratoires ! " affiche plus de 690.000 signataires. Henri Joyeux y rappelle la rupture de stock des vaccins classiques DTpolio mais aussi la pénurie généralisée des formes tétra- et pentavalentes depuis septembre dernier.
Il croit alors révéler que l'État français oblige l'usage d'un " prétendu super vaccin ", l'Infanrix Hexa produit par GSK, " pas assez testé " alors qu'il contient des " additifs neurotoxiques et cancérogènes ", l'aluminium et le formaldéhyde. Il met notamment en garde contre les complications provoquées par ces adjuvants comme la myofasciite à macrophages (lésion histopathologique), décrite pour la première fois en 1998 par son collègue, le Pr Gherardi, dans The Lancet.
Sans compter que ce cocktail vaccinal coûte " 7 fois plus cher (40 euros au lieu de 6,34 euros) ", poursuit le Pr Joyeux. Un schéma de vente forcée et de désinformation du consommateur, selon les termes qu'il emprunte à députée européenne écologiste Michèle Rivasi, qui dénonçait en 2013 les conflits d'intérêts à la présidence du comité technique de vaccination.
Bref, une " histoire de gros sous avec des manoeuvres sournoises pour exploiter les craintes légitimes des patients mal informés ".
Rappel à l'Ordre
Le Conseil National de l'Ordre des Médecins s'est réuni fin juin pour examiner deux pétitions diffusées par le Pr Joyeux, celle qui alimente le plus la polémique et un autre sur la vaccination contre les cancers du col de l'utérus, " que les laboratoires cherchent à généraliser dès l'âge de 9 ans chez garçons et filles ".
Le cancérologue du Languedoc-Roussillon a ainsi reçu une plainte de l'Ordre, qui a saisi la Chambre disciplinaire de première instance. L'institution ordinale lui reproche de publier des articles à charge contre la politique vaccinale, en particulier du haut conseil de santé publique, sur base de preuves scientifiques non établies. Et l'Ordre de le rappeler aux principes de moralité, de probité et de prudence les plus élémentaires.
L'Institut du Cancer de Montpellier a entre-temps décidé de suspendre les consultations du Pr Joyeux à partir de ce mardi 7 juillet et de mettre un terme à une collaboration de près de 45 ans. " Probablement sur ordre de la ministre, qui n'apprécie pas mes propos, alors qu'elle écrivait noir sur blanc la même chose sur les adjuvants lors de la dernière campagne présidentielle ", écrit le médecin spécialiste sur son site internet.
L'Institut expose de son côté des raisons moins polémiques. " Le Pr Joyeux est à la retraite officiellement depuis juillet 2014. Afin de lui permettre de suivre les derniers patients qu'il a opéré, l'établissement a convenu avec lui l'année dernière d'un contrat d'un an, dont la date de fin est le 7 juillet 2015 ", nous a précisé la responsable communication de l'ICM.
Estimant qu'il n'a aucune leçon à recevoir, Henri Joyeux accuse le Conseil de l'Ordre des médecins d'être à la solde de l'État et des lobbies et se remémore que l'Ordre a dans son histoire " apporté en plusieurs circonstances son soutien et même couvert certains médecins sans scrupule et exploiteurs de situations de détresse humaine ".
Le cancérologue-chirurgien maintient qu'il n'est pas un porte-drapeau du mouvement antivaccination. Il dit militer pour que les laboratoires fabriquent à nouveau des vaccins sans adjuvant. Même si les études épidémiologiques n'ont pas permis d'établir un lien entre adjuvants et maladies graves ou inconnues, le cancérologue juge que les risques supposés l'emportent sur les avantages, à savoir augmenter, accélérer, prolonger et diversifier la réponse immunitaire aux antigènes vaccinaux.
Au lieu d'assurer l'immunité de la collectivité, le Pr Joyeux se mue ainsi en berger du troupeau antivaccin.