PremiumPneumologie

L'air pur de la campagne

Encore un dogme qui vacille.

Dr Jean-Claude Lemaire - 13 juillet 2015

Les dangers sanitaires des particules en suspension dans l'air que nous respirons sont désormais bien connus, qu'il s'agisse des particules primaires ou des particules secondaires (résultant de réactions photochimiques induites par la lumière solaire) qui peuvent représenter jusqu'à 90% de la totalité des particules. Il a été montré récemment que les moteurs à essence étaient une source importante de particules secondaires de très petit diamètre (PM <1) qui se déposent très facilement dans les poumons.

Pour faire face à ce fléau, des normes européennes anti-pollution ont été édictées, fixant les limites maximales de rejets de polluants par les véhicules. Ces normes deviennent de plus en plus strictes au fil du temps, pouvant donner l'impression d'une protection de plus en plus performante de notre santé respiratoire. Hélas...

Hélas, une expérimentation conduite par une équipe internationale montre que les particules secondaires qui se forment dans l'atmosphère à partir des gaz d'échappement des moteurs à essence les plus modernes (conformes à la norme EURO 5 en vigueur actuellement et qui concerne les véhicules mis en circulation depuis 2011) sont dangereuses pour les poumons. Les résultats indiquent d'autre part qu'en matière de pollution il n'y a pas de seuil en-dessous duquel tout danger est écarté.

Dans une chambre à fumée simulant les transformations qui se produisent dans l'atmosphère, des cellules épithéliales bronchiques humaines en culture ont été exposées à des aérosols contenant différentes concentrations de particules, ce qui a permis de montrer que la proportion de cellules épithéliales qui meurent suite à cette exposition croît parallèlement à l'intensité de la pollution particulaire.

De plus, dans les cellules survivantes, la quantité de médiateurs impliqués dans les réactions immunitaires qui permettent normalement l'élimination des particules, mais aussi des bactéries et des virus, diminue parallèlement à l'augmentation de la pollution particulaire, ce qui rend les cellules plus vulnérables aux attaques infectieuses.

Dans la mesure où ces phénomènes ont été constatés même avec les quantités les plus basses de particules testées (équivalentes à ce que l'on appelle "l'air de la campagne"), les investigateurs doutent fort que les normes EURO de plus en plus strictes soient la clé de la santé respiratoire.

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