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L'ISHS, le système de santé pour djihadiste

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Dabiq, le magazine officiel du groupe terroriste État islamique (EI), a publié dans sa neuvième édition un article sur le nouveau système de santé mis en place, l'ISHS - Islamic State Health Service. Le Journal du médecin a voulu percer le voile de la propagande pour comprendre la réalité du terrain.

Laurent Zanella - 1 septembre 2015

L'État islamique est connu dans le monde occidental pour ses attentats. Mais le groupe terroriste désire de plus en plus donner l'image d'un État fonctionnel plutôt que celle d'un État de terreur. Surtout pour attirer de nouvelles recrues.

L'EI ne s'en cache pas : il cherche les têtes bien faites. Et ce, depuis la création du califat. Dès sa première déclaration publique après la conquête de Mossoul, Al-Baghdadi, calife autoproclamé, a appelé les médecins, parmi d'autres professions intellectuelles, à participer au gouvernement du territoire contrôlé par l'État islamique.

Ceci explique la présence de rubriques entières dédiées à la bonne gouvernance de l'État Islamique. L'article, intitulé " Healthcare in the Khilafah " fait partie de cette nouvelle propagande. Il fait suite à une vidéo sortie en avril, annonçant le supposé lancement d'un système de soins de santé de l'État Islamique (ISHS), qui, dans son esthétisme, copie clairement le système de santé britannique (NHS).

Une image idyllique

Dans une tentative d'inciter les musulmans vivant en Occident à voyager vers une zone de guerre, l'article met en scène des photos de complexes sanitaires propres, et se vante de l'ouverture d'un collège médical à Raqqa, la capitale officieuse, en Syrie, et d'un collège pour les études médicales à Mossoul en Irak.

Encore mieux, l'EI assure que pour soutenir les étudiants dans leurs efforts, il " ne chargera aucun coût et fournira tout ce qui est nécessaire en termes de nourriture, de logement, de transport et de livres ". Il ne faut pas oublier que la revue Dabiq est publiée en anglais et qu'elle vise également le public occidental.

" Cela devrait être un réveil pour les nombreux étudiants musulmans des terres de mécréants qui prétendent étudier la médecine pour en faire bénéficier et aider la Communauté musulmane, mais qui restent dans ces terres, courant après les plaisirs mondains à la place d'émigrer vers l'État islamique - et ceci malgré le fait que l'émigration soit une obligation islamique indéniable, en plus du fait que l'émigration était et reste relativement facile. " Et l'article de conclure : " L'État Islamique offre tout ce dont vous avez besoin pour vivre et travailler ici, donc, qu'attendez-vous ? "

Une réalité sur le terrain contrastée

L'ISHS, le système de santé pour djihadiste

La ville de Raqqa, le modèle de l'État islamique, meurt à petit feu. Le nouveau califat impose chaque jour, depuis début juin, des ordres et des interdits au nom de l'application de la charia. On note, pour les médecins, la mise à l'écart de tous les gynécologues masculins dans les maternités et hôpitaux, ou encore l'obligation de passer un test sur la charia (loi islamique) sous peine de se voir interdire l'exercice de leur profession.

En mars, Abu Mohammed, un activiste vivant à Raqqa, a expliqué à l'International Business Times UK que sous le joug de l'EI, les combattants islamistes avaient effectivement un accès gratuit à la santé, mais que le commun des citoyens n'avait pas ce droit.

L'avis des associations de médecins internationales

La World Medical Association (WMA), interrogée par le Journal du médecin, a commenté les faits de cette manière : " Nous pouvons seulement émettre de fortes réserves sur le respect strict des principes d'éthique médicale de la part d'une organisation qui ne montre aucun respect envers la vie humaine et qui enfreint des droits humains fondamentaux d'une manière flagrante et inacceptable."

De son côté, Médecins Sans Frontières (MSF) explique la situation qui est la sienne en Irak et en Syrie, territoires sur lesquels est installé l'État islamique. Selon son rapport annuel 2014, deux millions de personnes ont fui le conflit en quête de sécurité en Irak. Les combats incessants ont entravé l'acheminement de l'aide humanitaire aux déplacés dans le nord et le centre de l'Irak.

Les conséquences du conflit sont telles qu'en juin 2014, la clinique de soins de base construite par MSF à Tikr?t a été détruite par une explosion au lendemain de son achèvement, et le personnel médical international et irakien a été évacué de cette zone. Le groupe EI a pris le contrôle de la ville et MSF n'y est pas retourné depuis.

Côté syrien, pas mieux. MSF devrait déployer des programmes médicaux parmi les plus importants des 44 ans de son histoire mais en est empêché. " Violence et insécurité, attaques contre les structures médicales et les soignants, absence d'autorisation gouvernementale et groupes armés qui renient leur promesse de garantir la sécurité de nos équipes, comptent parmi les principaux obstacles à une extension du programme d'aide médicale humanitaire ", explique MSF. Des milliers de médecins, infirmiers, pharmaciens et paramédicaux ont été tués, kidnappés ou déplacés par la violence. Le 2 janvier 2014, 13 membres du personnel de MSF ont été enlevés par l'EI. Conséquences ? L'enlèvement a provoqué le départ des équipes internationales de MSF et la fermeture de structures de santé dans les zones détenues par l'EI.

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