" Avec l'homéopathie, la société réalise une belle économie "
Confondre l'homéopathie avec un gadget inutile de l'arsenal thérapeutique pour soutenir une rationalisation de l'assurance complémentaire des soins de santé est déplorable à plus d'un titre, affirme le Dr Lansmanne. Le président de la Société royale belge d'Homéopathie estime que c'est oublier le bénéfice pour les patients mais aussi pour les caisses de l'État.
La N-VA a récemment invité la ministre De Block à ramener sur le droit chemin une assurance complémentaire désormais à des années-lumière des missions de santé. La faute, selon les nationalistes flamands, aux mutuelles trop préoccupées par leurs stratégies commerciales pour gonfler leurs rangs d'assurés. Les députés jaunes et noirs prennent en exemple la couverture de dépenses liées au bien-être (tourisme social, spa, etc.) ou le remboursement de l'homéopathie. " On doit décharger l'assurance complémentaire de l'accessoire, comme l'homéopathie ", déclarait Valerie Van Peel.
Ce genre de comparaison a naturellement piqué au vif le Dr Jean Lansmanne, président de la SBRH. Lorsqu'on aborde la place que doit occuper cette médecine douce dans la panoplie des traitements ainsi que la question de son coût, il convient de garder à l'esprit deux aspects, remarque le Dr Lansmanne.
" Le premier, l'essentiel, est le bénéfice du patient. Dans bon nombre de cas, le patient traité par homéopathie en arrive à se passer de ses médicaments, totalement ou en partie. À passer d'une démarche palliative à une démarche curative ", insiste le président de la SRBH, comme il l'avait déjà exposé dans les colonnes du JDM en avril dernier. Une démarche à poursuivre " sans jusqu'au-boutisme de la part de l'homéopathe, conscient de ses limites, bien sûr ".
Ensuite, Jean Lansmanne regrette que l'homéopathie soit reléguée à l'accessoire par la N-VA dans un débat étranger à la médecine, purement financier. Avec ce constat ironique : un patient capable de se passer d'antidépresseurs permet à la société de réaliser " une belle économie ", assure l'homéopathe de Braine-l'Alleud. " C'est ce qu'ont bien compris certaines mutuelles dans le cadre des assurances complémentaires. Rien à voir avec le remboursement des voyages ".
" Entre populisme et coercition "
L'homéopathie trouve un accueil toujours plus important chez les patients. Il n'est dès lors pas étonnant que l'ensemble des organismes assureurs la récupèrent dans leur offre. Les mutualités remboursent généralement 25% du prix d'achat des granulés et autres gouttes, tout en se fixant un plafond entre 100 et 200 euros par personne et par an selon les enseignes.
Ostéopathie, acupuncture, chiropraxie, l'assurance complémentaire prend en charge au moins partiellement toute une série de disciplines critiquées par la médecine classique. Venant à défrayer des soins que certains médecins n'hésitent pas à taxer de futilités esthétiques, à l'instar de la pédicurie (en oubliant au passage les patients âgés, à l'autonomie limitée).
Avec ces remboursements tous azimuts, même des pratiques médicales indiscutablement reconnues prêtent alors à confusion ou polémique. Une de nos lectrices, gynécologue-obstétricienne, dénonce ainsi la " prime de 250 euros " par cycle de fécondation in vitro. " Au total, cette prime dépasse les quotes-parts patients des consultations. Autrement dit, la patiente gagne de l'argent à chaque ponction. Alors que l'on a dû réaliser des économies substantielles en procréation médicalement assistée sur les gonadotrophines et que l'on a obligé les firmes a écrasé leurs prix. Mesure populiste d'un côté, mesure coercitive de l'autre ", reproche-t-elle.