Après le coeur, voici... le poumon artificiel !

Grâce à un financement national, une équipe de médecins français s'est lancée dans un pari fou : développer un poumon artificiel portatif capable d'oxygéner le sang et le tester sur l'Homme dès 2020. Ce serait une première mondiale.
Le Pr Olaf Mercier, chirurgien thoracique, planche depuis de long mois sur ce projet baptisé Bioart-Lung 2020, qui va réunir plusieurs dizaines de professionnels de la recherche médicale et de l'industrie.
Contrairement au coeur artificiel développé par la société française Carmat, ce poumon ne devra pas être implanté et il ne nécessitera donc pas d'intervention chirurgicale. Pas besoin de retirer les organes défaillants, c'est en réalité un troisième poumon, portatif, qui sera ajouté au système respiratoire du patient et qui fera le travail à la place de deux autres.
Astucieux, le dispositif prendra la forme d'une ceinture placée autour du thorax du patient, sur laquelle seront placés une batterie et un oxygénateur. L'ensemble sera relié à la circulation sanguine par une sorte de tube en plastique, appelé " canule ", qui sera inséré dans une artère au niveau du cou.
Cette canule, le seul élément qui sera à l'intérieur du corps, pénètrera jusque dans le coeur au niveau de la partie droite pour prélever le sang sans oxygène, avant de le faire passer dans la machine pour l'oxygéner et éliminer le dioxyde de carbone, puis de réinjecter le sang oxygéné au niveau de de la partie gauche du coeur de manière à nourrir tous les organes du patient. Une forme de dialyse respiratoire, en quelque sorte.
Le véritable défi de ce projet est de développer une batterie suffisamment légère et autonome pour être transportée aisément et longtemps car les patients auront besoin de leur machine jour et nuit. Des dispositifs existent déjà pour assister le coeur ou les poumons. Mais ces appareils doivent être branchés sur des prises électriques et leur durée de vie n'excède pas trois semaines. Le but du poumon artificiel est d'être portatif et le plus autonome possible en termes d'énergie pour pouvoir faire sortir les malades de la réanimation, voire de l'hôpital.
Initialement ce poumon artificiel a été imaginé pour traiter les patients atteints d'hypertension pulmonaire. Par la suite, il devrait être destiné à des personnes qui souffrent d'insuffisance respiratoire terminale et qui ne sont plus éligibles pour une greffe car trop fragiles, par exemple celles atteintes de mucoviscidose, ou trop âgées.
Pour l'instant, ce n'est encore que le début de l'aventure mais cette innovation suscite déjà un vif engouement et l'espoir chez de nombreux malades. Le projet nécessite un investissement de 15 millions d'euros et l'équipe qui le porte a obtenu de l'Etat français une aide de 5 millions d'euros qui va lui permettre, dans un premier temps, de réaliser des simulations informatiques afin de vérifier l'efficacité et l'innocuité du prototype, puis de le tester sur quelques animaux, probablement des cochons. La phase de recherche et de développement devrait commencer dès janvier 2016.
Les chercheurs évoquent enfin la possibilité de procéder aux premières implantations chez l'Homme - quatre ou cinq patients simultanément - dans moins de cinq ans.