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L'avortement reste stigmatisant, selon les plannings familiaux

Si des progrès ont été réalisés concernant le droit à l'avortement, il reste des tabous et les enjeux autour de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) sont importants, a notamment mis en exergue lundi la Fédération des centres de planning familial (FCPF) des Femmes prévoyantes socialistes, à l'occasion de son trentième anniversaire et de la journée internationale pour la dépénalisation de l'avortement.

29 septembre 2015

La création de la FCPF en 1984 a permis aux centres de planning familial des Femmes prévoyantes socialistes (FPS) de s'organiser et d'avoir plus de poids dans le jeu politique.

Il reste cependant trois enjeux autour de l'IVG mis en avant lundi par la FCPF. Tout d'abord, le manque de médecins. De plus en plus de centres de planning familial éprouvent des difficultés à en trouver pour pratiquer l'IVG. Pour beaucoup, l'âge de la retraite approche à grands pas et la relève semble mal assurée car la faculté de médecine de l'ULB est la seule à enseigner la pratique de l'IVG dans un cours qui reste optionnel. Anne Spitals, présidente de la FCPF, avait déjà tiré la sonnette d'alarme à ce sujet en décembre 2014 à l'occasion des trente ans de la mort de Willy Peers, un gynécologue belge qui s'est battu pour la légalisation de l'avortement.

Ensuite, la proposition de donner le statut de personne au foetus et d'une législation sur la reconnaissance des enfants morts-nés (portée notamment par le CD&V) menace le droit à l'avortement.

Enfin, l'avortement est toujours stigmatisé. Les femmes qui y ont recours demeurent connotées négativement. "La pression sociale qui pèse autour de l'IVG peut constituer un frein pour les personnes dans le besoin", estime encore la FCPF. Et ce, même si cela fait 25 ans que l'avortement est partiellement dépénalisé (pas légalisé) en Belgique (loi du 3 avril 1990).

Selon Isabelle Simonis, ministre des Droits des femmes et de l'Egalité des chances en Fédération Wallonie-Bruxelles, on estime à 15.000 le nombre d'avortements pratiqués annuellement en Belgique. Ceux-ci sont généralement réalisés dans des centres extrahospitaliers. Elle rappelle toutefois que la législation belge ne dépénalise pas totalement l'IVG. "Cette loi n'est pas la panacée. Tout d'abord, la législation ne dépénalise que partiellement l'IVG. Il s'agit d'un droit limité dans le temps car un médecin ne peut pratiquer un avortement au-delà des 12 premières semaines de grossesse sans être poursuivi pénalement. Il s'agit d'un droit partiel aussi car pour avoir accès à l'IVG, la patiente doit présenter un état de détresse reconnu par un médecin", explique-t-elle.

La ministre déplore également qu'au niveau européen, le droit des femmes à disposer de leur corps ne soit pas reconnu comme un droit fondamental. Aujourd'hui, la Pologne, Malte, Chypre et l'Irlande interdisent toujours l'avortement (sauf en cas de viol ou d'anomalie chez le foetus dans les trois premiers pays et en cas de danger de mort pour la mère en Irlande, ndlr) et force est de constater que ce droit ne fait pas partie de la charte européenne des droits fondamentaux", ajoute-t-elle.

A noter que certains pays remettent en question le droit à l'avortement: en Espagne, les mineures n'ont plus le droit d'avorter sans l'accord de leurs parents depuis le 9 septembre dernier et au Portugal, une loi oblige les femmes depuis juillet à payer tous les frais médicaux liés à leur IVG et impose un suivi psychologique avant l'opération.

Pour terminer, la ministre a salué le travail que fait la FCPF depuis son existence. "Nul doute que dans les 30 ans qui suivent, vos activités seront nécessaires pour la construction d'une société où l'égalité pleine et entière entre les femmes et les hommes sera la norme, mais aussi une réalité", a-t-elle conclu.

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