Postes médicaux de garde: cabinet De Block et généralistes ont au moins crevé l'abcès...
Délégations de généralistes et syndicalistes médicaux ont reçu plus d'explications ce jeudi sur le gel budgétaire inattendu des postes médicaux de garde (PMG). Sans concéder d'avantages, le cabinet de la ministre de la Santé a exposé les objectifs : la standardisation des paiements, l'application phasée des 5 millions d'euros en fonction de la finalisation des projets de postes déjà introduits et un canevas pour améliorer la collaboration entre services d'urgence hospitaliers et PMG. Evocation de cette rencontre au sommet.
Un échange de points de vue. Dans la plus stricte courtoisie. Il n'y avait pas plus à attendre de ce genre de réunion. Les organisations de médecins ont exprimé ce jeudi tout le mal qu'elles pensaient de cette décision de geler les budgets des postes de garde. Et ont exposé leurs motivations, toutes bien connues, même si l'on a ressenti des divergences de l'une à l'autre délégation médicale.
L'accent mis par les francophones portait surtout sur le rôle des PMG dans la qualité de vie du généraliste. Parce qu'il ne doit pas assurer des gardes un jour sur deux.
Il y avait un certains nombres d'arguments qui ont toutefois été émis avec une relative agressivité. Souvent parce que ces représentants qui les portaient avaient personnellement échafaudé un projet de poste qui ne serait finalement pas agréé. On peut comprendre leur frustration. Mais cela a créé une sorte de malaise puisque chacun était normalement présent pour servir l'intérêt général et non défendre son bifteck.
Quand tous les griefs ont été formulés, le chef de cabinet a (enfin) clarifié les raisons de ce choix budgétaire étonnant. En reprenant ce que le front commun des généralistes a été contraint d'admettre, au moins partiellement: il y a des différences de coûts énormes entre PMG, avec des activités totalement différentes.
Certains postes ont une flotte de chauffeurs, d'autres pas, de grosses voitures ou d'autres des petites. Certains postes de garde de week-end ne sont pas ouverts à toutes les heures du samedi et du dimanche, ce qui peut paraître bizarre. Les patients ne s'y retrouvent donc pas.
Sans oublier une incohérence significative entre le Nord et le Sud du pays. En conséquence, on a compris que Maggie De Block ne voulait définitivement plus injecter de l'argent sans savoir où cela va, quel est le service rendu. L'heure est venue selon elle de " simplement " standardiser les paiement, avoir un cahier de charges uniforme, un encadrement harmonisé...
Accélération des travaux
Suite aux débats au sein du gouvernement fédéral, les cabinettards ont donc remis 5 millions d'euros pour les projets dans le pipeline. Mais chez l'éminence Open Vld, on a encore soutenu la décision du gel ce jeudi, ainsi que le budget global des soins. Les décideurs de la santé ont démontré leur volonté d'avancer, soulignant au passage que le peu de progrès n'est pas toujours la responsabilité du politique. Entendant que les généralistes ou leurs cercles ne s'empressent pas d'entamer les démarches pour faire avancer le débat et concrétiser les plans.
D'ailleurs, si le groupe de travail de la médico-mut dédié à la garde n'accélère pas assez, le cabinet De Block en recréera un, probablement élargi à d'autres experts du cabinet pour progresser sur les normes de standardisation.
Quant à la collaboration avec les urgences hospitalières, la ministre a demandé que les partenaires médicaux et mutualistes élaborent rapidement un projet d'accord cadre. Les détracteurs farouches de l'échelonnement ont même eu l'occasion d'entendre une alternative intéressante proposée par l'entourage de De Block : le patient doit rester le seul point d'articulation des soins, en arrêtant d'opposer sans cesse la première à la deuxième ligne.
Dans l'idée de la libérale flamande, les acteurs doivent collaborer pragmatiquement pour répondre aux besoins du patient à moindre coût. Beaucoup d'associations de généralistes ont créé un poste sans local mais avec une centrale téléphonique pour dispatcher les appels. Cette réalité hétéroclite des PMG doit être ajustée. Et si le 1733 ne s'implémente pas aussi largement qu'espéré, c'est certes à cause du jeu de ping-pong des compétences auquel s'adonnent le SPF Intérieur et le SPF Santé, mais aussi parce que les médecins n'arrivent pas non plus à accorder leurs violons.
Opportunité à saisir
Evidemment, la ministre De Block n'a pas fait un geste de plus que ce que prévoit l'axe du gouvernement. À l'issue de cette rencontre, le front commun a préparé un communiqué de presse qui sera envoyé sans trop tarder. Mais la coordination entre représentants médicaux patine un peu car certains nourrissent des revendications jugées par d'autres trop fermes. Ils exigeraient pour le 9 novembre un projet ficelé de normalisation des services de garde et des plannings contre quoi ils ne siégeront pas à la prochaine médico-mut.
Ce qui relève d'une stratégie assez contradictoire puisqu'ils demandent au cabinet De Block de faire positivement évoluer la situation mais n'y participeraient pas activement. La politique de la chaise vide s'impose en dernier recours, quand tous les autres moyens ont été épuisés. Ce qui ne semble pas être le cas des discussions actuelles.
Autrement dit, ce n'était donc pas une réunion pour rien. Tous les interlocuteurs ont eu le loisir de reprocher aux représentants de Maggie De Block de ne pas avoir organisé de concertation en amont. Une marque de fabrique de ce gouvernement fédéral, les concertations ont lieu a posteriori, peut-on souvent entendre dans les milieux professionnels.
" Quoique les médecins sont des abonnés du club des cocus. Comme avec Demotte ou Onkelinx, 6 mois avant une mesure, les gouvernants écoutent puis silence radio jusqu'à une notification du Conseil des ministres et la mise devant le fait accompli ", conclut un intervenant médical.
Enfin, même si elles n'ont rien dit, les hautes instances de l'Inami ont assisté à cette rencontre. Ce qui laisse croire à des médecins avisés que l'Institut de l'assurance maladie sera bientôt chargé de mettre en place les outils permettant de satisfaire aux attentes du gouvernement pour bénéficier des 5 millions d'euros de subsides.
Bref, à défaut de concertation, un exercice de transparence pour tenter de faire comprendre aux dispensateurs de soins qu'ils ont encore des atouts à jouer pour bénéficier de la petite enveloppe de 2016...