ANMC : Vers une privatisation des soins?

C'est une constante depuis 11 ans maintenant : chaque mois de novembre voit son baromètre de la Mutualité Chrétienne (MC) sur la facture hospitalière. Et chaque année, ou presque, la mutuelle constate " une spirale sans limite des suppléments d'honoraires à l'hôpital ". L'important est maintenant de comprendre pourquoi. Et là, peu d'explication. Jean Hermesse, secrétaire général de la MC, demande un réveil politique pour " rendre plus correct et transparent le financement des hôpitaux, tant pour le patient que pour le gestionnaire. "
Pour la 11ème année consécutive, la MC a dressé son baromètre hospitalier. L'analyse de toutes les factures de ses membres (1,4 millions en 2014) permet de constater, comme presque chaque année, l'augmentation des suppléments d'honoraires pour une hospitalisation en chambre individuelle. L'hospitalisation classique (chirurgie, médecine interne, pédiatrie, maternité, gériatrie et revalidation) coûtait l'année passée 5% plus cher au patient qu'il y a deux ans, la facture passant de 1396 à 1461 euros.
C'est cinq fois plus qu'une chambre commune ou à 2 lits, dont les prix sont stables, voire en légère diminution depuis l'interdiction des suppléments d'honoraire pour ce type de chambre, initiative de l'ancienne ministre de la santé Laurette Onkelinx.
En additionnant les suppléments d'honoraires, les suppléments de chambre et les tickets modérateurs, c'est 1,2 milliard d'euros que les patients paient de leur poche dans les hôpitaux généraux. " Ce montant représente 10% des rentrées financières des hôpitaux ! ", relève Jean Hermesse, qui est pessimiste sur l'évolution de ces suppléments d'honoraires qui sont susceptibles de continuer leur croissance.
Les traitements techniques également à la hausse
En 2014, le montant moyen des suppléments d'honoraires s'élevait à 886 euros, contre 834 en 2013, soit une augmentation de 6,3%, un record. " Une évolution inquiétante ", estime Jean Hermesse. " À titre de comparaison, la hausse annuelle moyenne des suppléments d'honoraires ces 10 dernières années était de 1,3% ". Le secrétaire général constate également que la hausse la plus forte concerne les traitements techniques, comme la radiologie ou la biologie clinique. " Pour de tels traitements, les patients ne voient souvent même pas le médecin. On peut donc se demander pourquoi des suppléments d'honoraires sont dus. "
La faute à l'assurance hospitalisation ?
La facture est de plus en plus salée pour les patients...et pour les mutuelles. " De multiples raisons expliquent la forte hausse des prix en chambre individuelle ", poursuit Jean Hermesse. " Environ 80% des Belges possèdent une assurance hospitalisation. Celle-ci rembourse en tout ou en partie les suppléments d'honoraires. Les hôpitaux le savent et n'hésitent pas à facturer des montants parfois très élevés. Des suppléments d'honoraires élevés sont par ailleurs, pour certains hôpitaux, une façon d'attirer et de fidéliser les médecins. Mais en raison de l'augmentation des factures, les primes d'assurances hospitalisation partent à la hausse et risque de devenir impayables pour un grand nombre de personnes. "
Dualisation de la médecine
Le secrétaire général de la MC ne cache pas son inquiétude quant à l'avenir. " Je crains qu'avec la configuration des hôpitaux qui fait la part belle aux chambres individuelles, on aille vers une médecine de plus en plus privatisée ", explique l'intéressé.
La MC craint également que les hôpitaux se situant dans des zones financièrement favorisées se débrouillent mieux sur le long terme que ceux situés dans des zones plus paupérisées. Le risque serait alors de voir une médecine hospitalière à deux vitesses, avec des hôpitaux qui disposent de moyens, et d'autres qui n'en disposent pas, mais qui doivent pourtant soigner les mêmes maux. Une sorte de dualisation des soins de santé.
Mettre fin à la spirale
C'est pour éviter le scénario catastrophe que la MC plaide pour une réglementation plus stricte des suppléments d'honoraires en chambre individuelle. " En interdisant les suppléments, le coût moyen d'une admission en chambre double ou commune a fortement baissé ces dernières années. Des mesures sont nécessaires pour les chambres individuelles également. Les suppléments d'honoraires doivent être maitrisés, soit via un plafonnement à 100% du barème Inami, soit via une forfaitarisation selon l'acte médical posé. Ils devraient même être interdits pour les traitements techniques. Le nouveau financement des hôpitaux nous offre une occasion unique d'agir à ce niveau-là ", conclut Jean Hermesse, invitant Maggie De Block et son cabinet à agir dans ce sens.