Maggie De Block promet de passer à l'exécution
La ministre de la Santé publique a remis au parlement sa note de politique générale pour l'année prochaine. 2016 marquera le passage " du concept à l'exécution ", s'est engagée la dirigeante Open Vld. Sa stratégie sera débattue en Commission Santé le 24 novembre
Un exercice rituel attendu par les députés fédéraux. L'opposition parlementaire a déjà fourbi ses armes, prête à dénigrer l'enfilade de voeux pieux, déplorer l'inventaire administratif, épingler les autocongratulations. Sauf que, cette fois, Maggie De Block a ficelé un dossier nettement plus conséquent que sa précédente note annuelle.
Au premier abord, le texte semble certes louvoyer entre bilan d'un an de mandat et plan d'actions précis. La ministre y rappelle qu'elle avait fait de 2015 une période transitoire pour " remettre de l'ordre dans le budget des soins de santé et initier certaines grandes réformes ". Elle estime à ce propos avoir franchi des étapes importantes concernant le refinancement et la réorganisation du secteur hospitalier, les soins de santé mentale ou encore le Pacte d'avenir pour le patient avec l'industrie pharmaceutique.
Autant de voies sur lesquelles la ministre flamande compte poursuivre son avancée, avec trois motivations principales : augmenter l'orientation " patient " des soins, mener une politique de santé evidence-based et optimaliser la gestion budgétaire.
" Malgré la disette... "
Le secteur de la santé doit comme tout autre secteur participer à l'assainissement des finances publiques. Les aspects financiers se présentent alors comme un facteur limitant dans la stratégie de la ministre Open Vld. Elle a présenté un budget en équilibre pour 2016 mais " des économies restent nécessaires ", répètetelle avant d'assurer que " le patient en est préservé ". Maggie De Block s'engage d'ailleurs à répondre aux besoins formulés par le terrain en créant " de la marge pour une nouvelle politique " renforçant la qualité des soins.
À cet égard, certains acteurs ne manqueront pas de reprocher le gel des moyens disponibles pour les nouveaux postes médicaux de garde, au détriment de la médecine générale. La ministre réaffirme dans sa note qu'elle entend standardiser ces dépenses afin que les PMG gagnent en efficacité et précise au passage que les postes existants devront se conformer aux nouvelles règles de standardisation que la médicomut formulera prochainement.
En vue de démontrer qu'elle tient davantage à une médecine factuelle, inspirée par la bonne pratique, qu'à un aveugle respect du budget, la ministre liste alors les mesures prévues, par exemple pour les patients suivant un traitement du cancer, qui auront dès 2016 la possibilité de cryogéniser des gamètes ou du tissu ovarien (oncofreezing) aux frais de l'assurance maladie.
Pour la prise en charge des personnes présentant une dysphorie de genre, pour l'encadrement des patients souffrant d'un handicap psychique ou intellectuel, pour l'intégration du dossier patient électronique, pour la permanence des services ambulanciers " en attendant une réforme approfondie et un financement durable du secteur de l'aide médicale ", etc.
" Impliquer le patient dans la politique "
Le rôle principal que doit jouer le patient dans l'élaboration de la stratégie d'avenir pour les soins de santé était déjà inscrit dans l'accord du gouvernement Michel. Soulignons cependant que, après avoir offert le mois dernier un siège d'administrateur à deux représentants de patients au sein du KCE, la ministre de la Santé promet de donner une voix permanente aux associations de patients au sein de la Commission des médicaments modernisée de l'AFMPS à partir de 2016.
Par ailleurs, Maggie De Block reconnaît que la politique de santé a besoin d'une boussole, d'une direction que peuvent indiquer, selon elle, des " objectifs de santé validés " (entendons par-là encore une fois evidence-based). Ces points cardinaux seront établis l'année prochaine en concertation avec les entités fédérées. " Une attention spécifique est prévue pour la problématique des inégalités en matière de soins de santé et pour la littérature relative aux soins de santé ", détaille la ministre.
À cet égard, l'" Institut du futur " réapparaît. Le gouvernement Di Rupo avait prévu la création d'un institut, lieu permanent de concertation entre décideurs compétents en matière de santé, censé définir une vision prospective commune et une politique de soins durable. Institut que l'ancienne ministre fédérale de la Santé n'était pas parvenue à concrétiser.
Rien de révolutionnaire n'est pour autant annoncé en 2016. " La réflexion sur la mise en production (sic) de l'Institut du futur et sur le rôle qu'il devra jouer dans le cadre de la fixation et du suivi des objectifs de santé sera lancée. Ce développement peut constituer un incitant supplémentaire pour les harmonisations au sein de la Conférence interministérielle ", indique Maggie De Block.
L'actuelle ministre ne dérogera pas à son credo : la qualité des soins dépend de l'EBM et de la good practice. Pour continuer à les soutenir, elle entend donc relever des défis dans une approche multidisciplinaire. " Ce ne sont pas les seuls médecins, mais également les praticiens de l'art infirmier, les kinésithérapeutes et autres paramédicaux qui doivent avoir la possibilité de consulter directement des directives pertinentes dans la pratique quotidienne et, ultime défi, de les implémenter ", affirme Maggie De Block.
Valoriser (les professions de) la santé
Elle renvoie en quelque sorte les acteurs à leur responsabilité collective, tout en estimant pouvoir prendre des initiatives supplémentaires au niveau fédéral sur l'utilisation efficace des moyens dans les soins de santé. La ministre s'appuiera notamment sur la cellule interadministrative " Soins efficaces " créée au sein de l'Inami, dont la première mission est d'élaborer un modèle conceptuel pour cartographier les soins justifiés et efficaces.
Surtout que " le cadre juridique actuel de la relation de confiance entre le professionnel de la santé et le patient présente certaines lacunes évidentes ", insiste Maggie De Block. Les conseils consultatifs du SPF Santé publique seront dès lors questionnés quant au libellé générique de leur profession et aux compétences de base requises.
" Un cadre sera créé pour l'exercice interdisciplinaire des professions des soins de santé. Dans un avantprojet distinct, j'apporterai une réponse aux normes minimales de qualité et de sécurité qui seront applicables tant aux hôpitaux qu'aux pratiques de soins extramuraux ", note-t-elle.
Sans oublier que la ministre veut renforcer l'attractivité des professions en misant non seulement sur une meilleure rémunération mais aussi sur de meilleures conditions de travail. Mais elle ne s'épanche pas sur le sujet.
Relevons également que la libérale flamande tient au principe selon lequel tous les protagonistes doivent renforcer leur rôle dans la gestion budgétaire. Le contrôle sera ainsi renforcé, pour lutter avec plus de détermination contre la fraude sociale et combattre l'éventuelle surconsommation.
" Des initiatives légales suivront pour que l'Inami ait directement accès aux données de facturation et d'attestation de soins de santé, au plus tard fin 2016 ", précise la ministre.
Enfin, cette stratégie politique de Maggie De Block fera l'objet d'échanges de vues en Commission Santé de la Chambre mardi prochain en matinée. Si le premier débat parlementaire ne suffit pas, une deuxième rencontre est prévue le 1er décembre.
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