Insécurité, l'éternel retour
L'encre est à peine sèche de la recension de l'enterrement du Dr Patrik Roelandt que Liège a été le théâtre d'une nouvelle agression d'un médecin qui a subi un braquage violent. Il est cette fois, fort heureusement, en vie.
Le choc et l'émotion sont considérables dans la région d'autant que le quartier concerné n'est pas particulièrement chaud, m'ont précisé des amis liégeois.
C'est surtout l'avis de la police locale qui, après la déception autour de plusieurs postes médicaux de garde mort-nés, fait froncer les sourcils du corps médical liégeois. En effet, la police précise ne pas être sûre de pouvoir accompagner les praticiens dans les zones à risque étant donné les moyens disponibles, tout en compatissant envers les médecins qui vont en visite pendant les heures dangereuses. " Je trouve ", écrit André Jamers, commissaire divisionnaire et chef de la zone de police de Ans/Saint-Nicolas, " que laisser un médecin seul livré à son sort est particulièrement imprudent, voire dangereux, alors que pour les policiers armés et formés, c'est déconseillé. " Un indice qu'il existe à Liège des zones de non-droit ? On croit rêver.
Compatissante, la ministre de tutelle l'est tout autant que la police. Elle détaillera dans les jours qui viennent un plan d'action. Notre ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, se règle sur sa collègue gouvernementale et " prendra attitude ". Le gouvernement envisage une escorte policière pour les médecins téméraires mais avec quels moyens ? Les médecins locaux, en attendant, ont cessé toute activité de nuit, séance tenante.
Bien sûr, l'insécurité frappe tout un chacun et l'empathie doit s'exercer de la même manière envers le corps médical qu'envers de simples quidams. Mais la visite à domicile a toujours joué le rôle de désenclavement social et le médecin est souvent le dernier recours pour les citoyens-patients défavorisés ou à mobilité réduite. Leur isolement n'en est que plus préoccupant.
Sans entrer dans une psychose sécuritaire qui ajouterait l'insupportable à l'intolérable, le fait que les médecins rendent leur tablier (c'est le cas de plusieurs thérapeutes d'une soixantaine d'années) parce qu'il n'est plus possible d'atteindre leur patient est une évolution à laquelle on ne peut se résigner.