Le tabagisme des médecins généralistes - Dr M. GOBERT (ULB)
La consommation de tabac est la première cause de décès évitables de par le monde et ses effets néfastes en termes de morbidité sont également bien connus. Le médecin généraliste est un interlocuteur privilégié pour aborder ce sujet avec son patient mais luimême peut également être confronté au tabagisme. Ce travail vise à évaluer la prévalence de la consommation de tabac chez les médecins généralistes bruxellois et ses conséquences éventuelles sur la prise en charge du tabagisme de leurs patients. La littérature n'est, en effet, pas univoque sur la question.
Méthode
Une revue de la littérature a tout d'abord été effectuée pour resituer ce travail dans le contexte au sein duquel il s'inscrit. Dans un second temps, un questionnaire écrit a été adressé par voie postale à 1.200 médecins généralistes bruxellois - étape qui a pu voir le jour grâce au soutien de la Fondation Contre le Cancer (via leur service Tabac Stop).
Résultats
Parmi les 450 réponses valides obtenues, la prévalence des médecins fumeurs était de 7% - chiffre bien inférieur à celui obtenu dans la population générale qui avoisine les 23 %. A propos de l'abord de la question du tabagisme en consultation, si environ 2/3 des médecins connaissaient ce qu'était le " conseil minimal ", 1/3 disait ne l'appliquer jamais ou presque. D'autre part, 4 médecins sur 10 se sentaient peu voire pas compétents en matière de sevrage tabagique. Quant à la méthode de sevrage la plus souvent utilisée par les médecins en première intention, c'est l'entretien motivationnel qui arrive en première position suivi du recours aux substituts nicotiniques, de l'adressage à un tabacologue et enfin de l'usage d'autres traitements médicamenteux. Le recours à d'autres méthodes (homéopathie, hypnose, acupuncture,...) était marginal. Les différents paramètres étudiés (connaissance et application du conseil minimal, sentiment de compétence, méthode de sevrage utilisée en première intention, expérience personnelle,...) semblent très peu influencés par le statut tabagique du médecin. Néanmoins, on observe que le médecin ayant personnellement fait l'expérience d'une méthode de sevrage semble y avoir recours différemment pour ses patients. Enfin, la majorité des médecins pensent que leur expérience face au tabagisme (en tant que fumeur ou non) est un avantage dans leur pratique, même si les explications diffèrent.
Discussion
Peu de différences significatives ont pu être mises en évidence en fonction du statut tabagique seul du médecin. D'autres facteurs tels que l'âge ou le sentiment de compétence du médecin semblent avoir un impact plus concret. L'expérience personnelle d'une méthode de sevrage semble également influencer la prise en charge, mais en regard de la petite taille des échantillons étudiés, il convient d'être prudent quant à ce point - au mieux, cette influence est très limitée. Enfin, on observe que le médecin fumeur aborde son propre tabagisme comme n'importe quel autre patient.
Conclusion
La consommation de tabac chez les médecins généralistes bruxellois est très faible et n'est au mieux qu'un facteur parmi d'autres (tels que l'âge, le sentiment de compétence ou l'expérience d'une méthode de sevrage) pouvant conditionner certains aspects succincts de la prise en charge du tabagisme de leurs patients. Indépendamment, ce travail permet aussi de mettre en évidence la grande proportion de médecins se sentant peu voire pas compétents en matière de tabagisme (de l'ordre de 40 %). Pourquoi ce sentiment ? Comment y remédier ? Etant donné son impact en termes de santé publique, ces questions ne sont sans doute pas dénuées d'intérêt...
>>> Titre complet : Le tabagisme des médecins généralistes
>>> Promoteur : Dr Didier Piquard