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Vers une aide adaptée

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La Fédération des associations des médecins généralistes de Charleroi (FAGC) a mené une enquête, début d'année, auprès de ses 420 membres. Le but : découvrir le niveau d'informatisation des médecins du bassin carolorégien. Le journal du Médecin est déjà revenu sur le profil des utilisateurs et sur leurs attentes concernant le partage des données médicales. Dans cette dernière partie de l'enquête, la FAGC a partagé ses résultats quant aux besoins formatifs des MG.

Laurent Zanella - 15 avril 2016

Et autant dire qu'ils sont nombreux, ces besoins formatifs. Cela peut surprendre, mais 84% des médecins interrogés se sentent parfois dépassés par l'informatique. Et plus de trois médecins sur quatre aimeraient être aidés.

Il faut dire que la grande majorité des répondants (65%) consacre plus d'une heure par semaine à essayer de maîtriser l'outil informatique. Deux informations à ce sujet : premièrement, les généralistes prennent du temps pour appréhender l'informatique car le plan eSanté implique une phase d'adaptation. Deuxièmement, il ne faudrait pas oublier que les généralistes ont d'autres chats à fouetter, étant donné leur charge de travail. C'est une des raisons qui pousse la FAGC à envisager un soutien à l'informatisation de la profession.

Des besoins spécifiques

L'aide se doit d'être efficiente et adaptée aux attentes des médecins généralistes. C'est d'ailleurs à ces fins que la FAGC a fait le choix de diffuser les résultats et enseignements de son enquête par le biais du journal du Médecin.

Mais quels sont les besoins concrets du terrain ? Trois médecins sur quatre ont tout d'abord émis le souhait d'être aidés dans l'utilisation d'outils et de programmes médicaux. Cela concerne surtout le Réseau santé wallon (RSW), Mycarenet, l'eHealthbox, le Sumehr (voir encadré) et légèrement en retrait, le DMI.

Plus surprenant : un médecin sur trois réclame une aide de base (utilisation du système d'exploitation, de la suite Office notamment). " Cela prouve qu'il faudrait, pour être efficace, commencer par le commencement, par un " point zéro ", pour que les généralistes les moins informatisés soient plus à l'aise avec l'outil informatique et puissent obtenir le certificat eHealth ", explique Gianni Maraschiello, responsable administratif de la FAGC. " Pour arriver à un résultat positif, il ne faut laisser personne de côté, et tenir compte du niveau de chacun, afin d'apporter l'aide la plus spécifique possible. Bien que l'on soit conscient qu'il est utopique de former chaque médecin individuellement. "

Pour se former, le médecin se déclare prêt à se déplacer trois fois par an à raison de trois heures par session. " Nous sommes conscients que c'est un peu juste compte tenu des besoins formatifs de certains profils. Mais nous sommes également conscients de l'avantage que représente l'étalement des formations sur trois sessions par an pendant trois ans plutôt que dix sessions sur un an. " D'autant plus que pour qu'une formation soit réussie, il est bien connu qu'il faut fournir une petite dose de travail à domicile !

Les formations dispensées

46% des médecins ont déjà suivi des formations, et 80% d'entre eux estiment que cela leur a été utile. Le côté pratique expliquant l'insatisfaction du cinquième de médecins restant.

Les médecins sont surchargés de réunions de formations continues pour leur accréditation (Glems -dodecagroupes -réunions scientifiques). Devant faire face à de nouvelles obligations de formation certains risquent de baisser les bras et se décourager, voire même arrêter de travailler s'ils ne se sentent pas suffisamment soutenus... "Ce pourquoi il faut vraiment prendre le temps de bien penser l'organisation des futures formations en diversifiant les canaux de communication. "

Quelques enseignements

La FAGC a tiré quelques enseignements de ces résultats. Premièrement, il ressort clairement qu'il faut des aides " physiques " pour accompagner le médecin. " On peut mettre à disposition un nombre de documents, de lignes téléphoniques, ou autre : si on veut que les généralistes soient suffisamment prêts pour l'utilisation des outils informatiques, il faut organiser des aides et formations de personne à personne. "

Dans le même ordre d'idée, de nombreux médecins souhaitent qu'il y ait des personnes ressources qui puissent venir au cabinet en cas de problème informatique. " Sans discuter de la faisabilité pratique d'une telle mise en place ", confie Gianni Maraschiello. " C'est important si l'on veut que les MG se mobilisent et utilisent les outils informatiques de manière optimale. Il y a un côté rassurant. "

Deuxièmement, les médecins souhaiteraient y voir plus clair dans la multitude d'outils informatiques leur étant proposée: à quoi sert ce programme? Comment l'utiliser ? Quel matériel est nécessaire ?

Enfin, troisièmement, et il s'agit peut-être du point le plus important: la formation par groupe d'utilisateurs. " L'idée est de catégoriser les médecins pour les répartir en sous-groupes selon leur niveau. De cette manière, le médecin a une base de travail : il sait où il en est et ce qu'il doit faire pour se perfectionner. La base, la clé, c'est le certificat eHealth. Il est indispensable pour passer au niveau suivant. "

Les généralistes ont clairement émis leurs préférences : des formations avec un contact humain, par petits groupes, en soirée de semaine, avec son propre matériel. Plus étonnant, les médecins privilégient volontiers un confrère comme formateur, ou du moins quelqu'un qui connait le côté pratique des outils médicaux, plutôt qu'un théoricien ou un programmeur. Enfin, pour que les formations soient attrayantes, il y a intérêt qu'elles se situent dans le cadre de Glems ou de dodécagroupes, ou, à tout le moins, qu'elles soient accréditées.

Réflexions de médecins

Trois réflexions majeures émanent des questionnaires. En premier lieu, c'est l'informatique qui doit s'adapter à la médecine générale et pas l'inverse. " Un programme informatique doit être une aide à la décision ou à la prescription, en mettant en évidence les antécédents et incompatibilités médicamenteuses par exemple. S'il est correctement pensé et suffisamment intuitif ", s'empresse de commenter Gianni Maraschiello. " Il faut en effet tendre vers une uniformisation des programmes médicaux pour faciliter la prise en main. La labélisation a réduit le nombre de fournisseurs de DMI, mais des efforts d'harmonisation sont encore attendus par les médecins. "

Seconde demande des généralistes : tout le monde doit participer à cette évolution, même les spécialistes. " Il faut qu'il y ait la même exigence envers tous les professionnels. Les généralistes ont l'impression qu'on leur en demande beaucoup, que les spécialistes ont plus de facilité à ce niveau. " Il est vrai que le degré de pénétration de l'informatique dans les hôpitaux par rapport aux cabinets des généralistes est plus élevé.

Enfin, dernière réflexion, de plus en plus de généralistes ont exprimé le besoin de bénéficier d'un soutien pour pouvoir consacrer plus de temps à leur pratique. C'est une information qui soulève une tonne de questions : est-ce que ce n'est pas la solution la plus facile finalement ? Se dirige-t-on vers des pratiques de groupes qui favorisent l'entraide ou carrément vers des médecins accompagnés d'assistants de pratique qui seraient là pour les soulager ? Pour la FAGC, c'est en tout cas une piste pour remplacer Impulseo 1 qui a montré ses limites, pour augmenter l'attractivité de la profession. " L'assistant de pratique est une très bonne solution pour la FAGC, tant pour le soutien médical, que pour le soutien logistique, dont pourrait faire partie l'informatique. "

Laurent Zanella

Zoom sur le Sumehr

Nous l'avons vu, les demandes de formation au niveau du Sumehr sont élevées. " Même si cela leur demande beaucoup d'énergie (certains prennent du temps hors de leur pratique pour le faire), les généralistes qui l'utilisent sont assez satisfaits. " explique Gianni Maraschiello, responsable administratif de la FAGC. " Le plus compliqué c'est encore de s'y mettre, je conseille d'ailleurs a tous les médecins de commencer la rédaction du Sumehr avec son patient en face de lui, il se construira ensuite naturellement au fil des consultations. "

Pourquoi ?

Le Sumehr améliore et facilite la prise en charge du patient. Il y a une meilleure concertation entre praticiens, notamment grâce aux données codées des médecins présentes au sein des Sumehr. Rappelons qu'on n'y trouve aucune note personnelle mais uniquement les informations pertinentes pour assurer la continuité des soins.

"Utile ? Oui ! Le meilleur exemple reste le patient qui est en vacances à la mer du nord et qui est retrouvé vacillant sur la digue. En arrivant aux urgences pas de dossier, pas de liste de médicaments, pas d'antécédent, pas d'allergie... Grâce au Sumehr le médecin urgentiste pourra constater qu'il prend de l'insuline et qu'il a fait une simple hypoglycémie...Que de temps et d'argent épargnés ! ", assure Gianni Maraschiello. " Connaître précisément le traitement chronique du patient, ses problèmes actuels ou ses allergies réduit significativement le risque d'erreurs médicales tant à l'hôpital qu'au poste de garde. "

Selon les médecins carolorégiens, le Sumehr facilite également le transfert des informations médicales. C'est notamment le cas lors de la reprise d'un cabinet d'un généraliste à la retraite. " Combien de dossiers sont empilés dans des fardes jamais ouvertes des patients que j'ai repris de confrères ? ", explique d'ailleurs l'un des répondants.

Le Sumehr constitue aussi une opportunité de rendre le patient acteur de sa santé : il est responsabilisé en comprenant l'utilité et les limites de son dossier. De plus, grâce à cette responsabilité partagée, le médecin généraliste ne sera plus seul responsable des omissions du patient. " Cela rendra les relations de confraternité plus simples, plus transparentes ", ajoute le responsable administratif de la FAGC.

Un petit bémol?

Cependant comme le souligne le concepteur du Réseau Santé Wallon, le Dr Vandenberghe, l'auteur du Sumehr peut avoir omis des informations par erreur ou à la demande du patient. La situation du patient peut avoir évolué depuis la dernière publication du Sumehr. Le médecin qui prend en charge un patient devrait donc s'y référer pour sa grande utilité mais avec prudence et ne pas se dispenser d'une anamnèse circonstanciée et d'un examen clinique adapté.

Pour qu'il y ait une finalité positive, chacun doit y mettre du sien: généralistes, spécialistes, mais également les autres prestataires de soin et les patients. " Il ne faut cependant pas effrayer les généralistes : le Sumehr, peu importe sa taille, est utile. Ne serait-ce que pour les traitements chroniques des patients, ce qui n'est pas trop chronophage. " On l'a donc bien compris, chacune des contributions au sumehr, qu'elle soit importante ou pas, constitue un apport précieux et un excellent départ.

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