Bain de jouvence
Sans rentrer dans l'âgisme, sorte de racisme antivieux des temps modernes, le monde de la médecine et de la santé est souvent représenté par ce qu'un ancien président du Conseil fédéral des cercles de MG appelait les " gérontes " : des acteurs de soins, syndicalistes, mutuellistes, grands professeurs qui ont en moyenne entre 60 et 70 ans. Et pour cause : dans la carrière médicale, le temps est long avant que de faire son nid. Les honneurs, les " plaisirs " de la représentation ou le pouvoir sont le cadet des soucis des jeunes médecins
C'est pourquoi nous nous sommes plongés dans un véritable bain de jouvence lors de l'attribution du Prix du Généraliste jdM-SSMJ la semaine dernière (lire cicontre). Et aussi un bain de fraîcheur.
Non : les jeunes médecins généralistes fraîchement diplômés ne sont pas désespérés. Ils dévorent à pleines dents la vie et la carrière qui les attend. Ils sont impatients de guérir leurs patients, qu'ils démarrent en solo ou en maison médicale. Et peu importe l'adversité, le combat pour se faire une place au soleil, rien ne semble vouloir les arrêter.
Le taux de généralistes qui quittent la carrière prématurément ? Ils n'y croient pas. Ce n'est pas pour eux. La pénurie ? Elle est là mais ils l'affronteront par le sens de l'organisation et la médecine de groupe, laquelle s'impose presque partout, seule garante apparente d'une qualité de vie qui fut refusée à beaucoup de leurs aînés. Les maladies chroniques ? Ils ne connaissent pas le mot " fléau " et sont déjà prêts. Les nouvelles technologies ? Alors que plusieurs milliers de médecins seniors n'ont pas encore d'ordinateurs, les jeunes sont totalement familiarisés avec GAFIL voire même de véritables geeks.
Cependant, ce dont ils ne sont pas conscients apparemment (à moins d'avoir un père ou une tante médecin), c'est de la machinerie réglementaire, technocratique et même parfois policière qui va s'abattre sur eux. Pour beaucoup de ses thuriféraires, le système des soins de santé est compliqué car sa complexité est une garantie d'équité. Mais l'on sait que l'ingénierie sociale profite aux plus malins et aux plus forts.
Mieux vaut donc ne pas leur en dire trop pour ne pas les dégoûter. Ils découvriront bien assez tôt les joies de la paperasserie administrative.