Santé carcérale
Les militaires dans les rues pour protéger les citoyens, dans les Palais de Justice, dans les aéroports, autour des synagogues et bientôt comme aiguilleurs du ciel ou videurs de boîtes de nuit, et maintenant dans les prisons pour remplacer les matons : de toute façon, dans les casernes, ils s'ennuient. Ça coûte à peine plus cher quand ils sont dehors... Que demande le peuple ?
En attendant, leur présence " fluidifiante " le long des cellules des détenus en raison d'une grève des gardiens qui dure déjà depuis 15 jours cache un mal-être propre à l'univers carcéral depuis des années. Grève des médecins des prisons hier, grève des gardiens de prison aujourd'hui : le manque de moyens, la tutelle de la Justice pour la santé des détenus... Surpopulation, surreprésentation de criminels liés à des faits de drogue et de personnes en attente de jugement, mélange hétéroclite de criminels en col blanc, psychopathes, terroristes, SDF, voleurs à la tire, violeurs, car-jackers...
Les médecins des prisons dans tout cela ? Mi-médecin traitant, mi-médecin du travail, ils accompagnent la misère socio-carcérale à coups de neuroleptiques et d'antidépresseurs. Ne pas se laisser manipuler : une hospitalisation est vue par le détenu comme le moyen d'échapper pour quelque temps à l'horreur de l'emprisonnement et de bénéficier du " confort " douillet offert par les infirmières.
On sait que la prison ne sert à rien mais on n'a pas encore trouvé une alternative pour les personnes représentant un danger pour la sécurité publique. Plus on construit et on rénove les bâtiments pour offrir des places supplémentaires, plus la surpopulation semble rattraper le mouvement (un peu comme ces rings élargis qui bouchonnent quelques années après en raison de la progression du parc automobile).
Pour le Dr Paul Gourdin, vieux renard de la médecine pénitentiaire à Nivelles (lire ci-contre), dans un monde soi-disant clos où la drogue circule en toute impunité, le médecin ne peut déjà plus respecter son serment d'Hippocrate. Et la grève sur fond de misère budgétaire accentue le phénomène.
Un premier pas ? Que l'étude du KCE commandée par Maggie De Block débouche enfin sur le transfert des soins des détenus du département de la Justice vers celui de la Santé publique. Cela ne résoudra pas tout mais c'est une petite avancée.