Anorexie : le plaisir de maigrir plutôt que la peur de grossir
Selon une étude de l'Inserm, contrairement à une idée répandue, l'anorexie mentale ne s'expliquerait pas tant par la phobie de prendre du poids que par le plaisir addictif d'en perdre. Et le phénomène serait associé à la forme particulière d'un gène.
Désireux d'approfondir la piste ouverte par de récents travaux évoquant un dérèglement du " circuit de la récompense " observé dans les addictions, les chercheurs ont mené des tests de " conductance cutanée ", une mesure du taux de sudation de la peau. L'émotion provoquée par certaines images entraîne en effet une augmentation de la transpiration, rapide et automatique.
Chez 70 patientes de poids variés et présentant divers degrés de sévérité d'anorexie, la vision des silhouettes de femmes de poids normal ou en surpoids a déclenché une réaction similaire à celle des sujets sains (20 femmes n'ayant pas de trouble du comportement alimentaire). En revanche, face à des images corporelles de maigreur, les patientes anorexiques ont eu des réactions émotionnelles positives alors que les femmes " saines " n'ont pas eu de réaction particulière.
Par ailleurs, les auteurs de l'étude ont remarqué que l'augmentation de transpiration face aux images de maigreur corporelle, chez les anorexiques, s'expliquerait par la présence d'une forme spécifique du gène le plus souvent associé à l'anorexie. Ce gène commande la fabrication d'un facteur (BDNF) impliqué dans la survie des neurones et la neuro-plasticité.
Ces conclusions incitent à travailler sur les circuits de récompense plutôt que sur l'interdiction ou l'évitement phobique et elles ouvrent la voie au développement de nouvelles thérapies, notamment la remédiation cognitive et la thérapie en pleine conscience.