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Epreuve d'entrée en médecine et lissage: quel impact sur la santé publique ?

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Après de trop longues et coupables tergiversations, l'annonce d'une épreuve d'entrée aux études de médecine en Fédération Wallonie Bruxelles devrait permettre d'assurer aux futurs diplômés des facultés de médecine francophones l'obtention d'un numéro Inami.

Pr Elie Cogan - 26 septembre 2016

Mais ce soulagement risque toutefois de correspondre à une victoire à la Pyrrhus.

L'existence d'un examen d'entrée ne permet pas d'assurer un nombre déterminé de diplômés correspondant à l'unité près au quota fédéral. Il est donc fondamental que le ministre Marcourt convainque Mme De Block que les études de médecine englobent la formation spécialisée et que les numéro Inami soient ceux qui définissent un médecin spécialiste en fin de formation spécialisée et non un candidat spécialiste au début de celle-ci. Les universités et les services de stage universitaires et non universitaires pourront jouer ainsi pleinement leur rôle de formation.

Déficit cumulé

Il s'agira aussi de convaincre le pouvoir fédéral de la réalité de la démographie médicale en s'appuyant notamment sur les travaux de SA commission de planification. En 1997, l'instauration du numerus clausus s'appuyait sur une évaluation tronquée de la démographie médicale en affirmant l'existence d'une pléthore médicale, les praticiens actifs étant comptabilisés à hauteur de plus de 40.000. Les analyses ultérieures démontraient qu'en réalité ils étaient tout au plus 25.000. Il s'en suivait une réduction drastique des numeros Inami libérés. La moyenne des quotas fédéraux fixés par arrêtés royaux entre 2004 et 2021 est de l'ordre de 980 alors que pour une population de 11.500.000 habitants, il est nécessaire de diplômer environ 1.150 médecins chaque année afin d'assurer une stabilité de la force de travail médicale. La correction des quotas fédéraux et communautaires déterminés sur une base fallacieuse depuis 2004 permet de comprendre la réalité de la pénurie médicale actuelle : en 2021, le déficit cumulé théorique de quota peut être estimé à 1.200 en communauté flamande et à plus de 2000 en fédération Wallonie Bruxelles. Après déduction de ces chiffres des dépassements dans les deux communautés, il s'agira non pas d'appliquer un lissage négatif mais un lissage positif en Flandre et dans une moindre mesure au sud du pays.

Si les différents pouvoirs politiques ne prennent pas la mesure de cette réalité et qu'un lissage négatif est appliqué de façon aveugle et erronée, nos jeunes de demain ne pourront plus entreprendre les études de médecine, les universités incomplètes seront menacées de fermeture, les services de stage se tourneront vers des médecins boursiers et de jeunes médecins européens non concernés par ce numerus clausus. Pas de crainte de pénurie médicale généralisée, car le vide créé par des décisions politiques iniques feront la part belle aux médecins européens qui, par la magie de la libre circulation dans l'espace économique européen, occuperont les places hospitalières et les cabinets en ville, sans aucune garantie que soient couverts les besoins médicaux dans les zones actuellement désertées de médecins dans le pays.

Véritable planification médicale

Nous plaidons donc pour une véritable politique de planification de l'offre médicale permettant une réelle couverture médicale en particulier en médecine de première ligne.

Cette politique de santé passe par l'instauration d'incitants convaincants à s'installer dans des zones en pénurie de médecins. Nous plaidons pour des modalités nouvelles imposant, pour un certain nombre d'années, une pratique médicale dans les zones en pénurie tout en interdisant l'installation dans des zones à densité médicale suffisante voire pléthorique. Une approche identique sera susceptible d'apporter une réponse au manque de spécialistes hospitaliers dans certaines disciplines plus attirés par une pratique plus confortable et plus lucrative en ambulatoire.

La médecine libérale que soutient notre ministre de la Santé Fédérale ne peut constituer le seul moteur d'une véritable politique de santé au risque d'aggraver la pénurie médicale de première ligne constatée dans le sud du pays.

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