Clinical update : l'alphabet des hépatites virales

Outre les hépatites C, à transmission parentérale par l'intermédiaire du sang, qui s'accompagnent très peu de risques de contamination de la mère à l'enfant et de contamination par voie sexuelle (rare cas chez les patients homosexuels à multiples partenaires), l'alphabet des hépatites virales s'étend également aux virus de l'hépatite A, B, E et δ.
A et E : transmission féco-orale et spontanément résolutives
Relativement comparables, les hépatites A et E sont des maladies virales à transmission féco-orale, de résolution spontanée avec guérison définitive, sans risque de passage à chronicité chez la plupart des patients. "Ces pathologies ont un décours assez similaire", explique le Pr Jean Delwaide (CHU Sart-Tilman, Liège). "Les virus en cause sont responsables d'hépatites, parfois asymptomatiques, mais qui, lorsqu'elles deviennent symptomatiques, donnent lieu à un ictère et s'accompagnent d'un risque minime d'hépatite fulminante." Ce type d'hépatite guérit dans 100 % des cas. "Les hépatites A et E ne sont, cependant, pas tout à fait comparables", souligne le Pr Delwaide. "Le degré de gravité de l'hépatite E est légèrement supérieur, avec une mortalité possible chez les femmes enceintes contaminées par ce virus."
Autre différence : l'hépatite A n'évolue pas vers la chronicité, comme peut le faire parfois l'hépatite E chez des patients qui présentent une immunosuppression. Ce dernier virus peut, en effet, se retrouver à long terme chez les patients qui ont été transplantés, par exemple.
B et δ : transmission parentérale
Les hépatites B et δ sont des maladies à transmission parentérale, le virus de l'hépatite δ n'affectant que les patients porteurs chroniques du virus B. "Dans l'hépatite B, la contamination sexuelle est fortement présente. Par ailleurs, le passage de la mère à l'enfant est particulièrement fréquent et constitue le mode de contamination principal de l'hépatite B dans le monde", souligne le Pr Delwaide. "L'hépatite δ est très peu répandue. Elle se rencontre surtout dans certaines régions du monde, dont le pourtour méditerranéen. Nous avons un certain nombre de patients atteints d'hépatite δ, en Belgique. Il s'agit de cas assez limités mais qu'il est important de reconnaître parce que l'hépatite δ a tendance à aggraver le décours de l'hépatite B."
Vaccinations
"Il existe différents vaccins pour l'hépatite A ; une vaccination contre l'hépatite E a été mise au point mais elle n'est pas disponible, sauf en Chine", explique le Pr Delwaide. "La vaccination contre l'hépatite B existe, bien entendu, elle est extrêmement efficace et protège également de l'hépatite δ. Pour l'hépatite C il n'y a pas de vaccination possible à l'heure actuelle."
Les vaccins anti-hépatites disponibles en Belgique
Hépatite A
- Havrix®
- Vaqta®
Hépatite B
- Engerix B
- Fendrix®
- Hbvaxpro®
Hépatite A et B :
Twinrix®
Traiter les hépatites autres que C ?
- L'hépatite A est spontanément résolutive et il n'existe pas de traitement spécifique pour cette affection.
- L'hépatite E ne nécessite généralement pas de traitement non plus. Chez certains patients immunodéprimés ou transplantés (avec donc un risque de passage à la chronicité), un traitement avec la ribavirine peut être utile. Il est assez efficace en monothérapie.
- Dans l'hépatite B, l'affection aiguë est spontanément résolutive dans plus de 95 % des cas. Généralement aucun traitement n'est, dès lors, administré à ce stade. Par contre, en cas d'hépatite B chronique, un traitement peut s'avérer nécessaire si la maladie est fortement active. Différents traitements peuvent être proposés : l'interféron pégylé en monothérapie ou alors des antiviraux dont les deux principaux, de première ligne, sont l'entécavir et le ténofovir. Pour des indications plus limitées, la lamivudine et l'adefovir peuvent être utiles également.
- Pour l'hépatite δ, le traitement est très peu satisfaisant. "Les antiviraux classiques qui agissent sur la transcriptase réverse ne sont pas efficaces sur le virus δ", note le Pr Delwaide. "Dans cette indication, on ne dispose actuellement que de l'interféron pégylé mais il est d'une efficacité très limitée dans ce contexte."
- "A noter que dans le traitement aigu de l'hépatite C, il est possible d'utiliser soit de l'interféron, soit des antiviraux pendant une période courte", fait remarquer Jean Delwaide. "Ces molécules ne sont cependant pas remboursées dans l'hépatite aiguë pour l'instant."