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Codepi : derrière les promesses

Le projet Codepi, soutenu par le pôle santé Wallonie Biowin et le pôle Alsace Biovalley, entend innover en matière de chambres implantables. Une intention louable, mais qui est basée sur un protocole français devenu obsolète. Ceci étant dit, l'utilisation de biomolécules antimicrobiennes pourrait-être originale et apporter un plus au corps médical.

Laurent Zanella - 25 novembre 2016

Dr Gérard à propos des chambres implantables: " La désinfection cutanée n'est probablement qu'un moment mineur du risque infectieux. "

Medical device

Le Codepi est un projet de recherche de 24 mois visant à développer une compresse innovante " qui réduira significativement le taux d'infection et garantira l'intégrité physique du patient ". C'est en tout cas la promesse des deux firmes en charge du projet, l'une alsacienne, l'autre wallonne.

Le but de cette nouvelle compresse innovante est de diminuer le risque infectieux lié aux opérations de remplissage et/ou vidange des chambres cutanées. Le risque estimé oscille entre 5 et 10%. La contamination par les germes peut se faire le long de l'aiguille au moment de sa pose ou en cours de perfusion. Les germes proviennent alors de la flore cutanée du patient ou de la flore exogène apportée lors des soins.

Des protocoles complexes...

Le Codepi se base sur des recommandations françaises. Selon ces protocoles, la peau doit être désinfectée en un minimum de 4 étapes, comportant un nettoyage avec une solution antiseptique, un rinçage avec de l'eau physiologique, un séchage suivi d'une désinfection avec un produit antiseptique en utilisant une compresse stérile, enfin une seconde désinfection avec un autre produit antiseptique en utilisant une compresse stérile.

" La complexité de ce processus aseptique en 4 étapes entraîne hélas un risque important d'erreurs humaines qui peuvent mener à des infections mettant en danger la santé du patient ", indiquent les meneurs du projet. " La présence d'une infection au niveau de la chambre se traduit en effet par des pics de fièvre, ou plus rarement par un abcès sur la chambre. Il s'agit alors d'une urgence thérapeutique, nécessitant antibiotiques et retrait rapide du dispositif. "

...Mais surtout obsolètes

Du côté des hygiénistes belges, la circonspection règne. " J'ai quelques doutes quant à l'aspect révolutionnaire de ce projet, et aux bénéfices que la communauté médicale pourraient en tirer ", explique le Dr Michèle Gérard, médecin hygiéniste à l'hôpital St-Pierre. " Le protocole qui justifie l'innovation de la compresse imprégnée d'antiseptiques est inspiré des protocoles français qui sont aujourd'hui obsolètes. Les Français pratiquaient effectivement une désinfection en quatre étapes - en réalité il s'agit plutôt de 3 étapes. Mais une étude française récente parue dans le Lancet, la Clean trial1bat en brèche la détersion. Ce protocole n'a d'ailleurs jamais été appliqué en Belgique. "

Qui plus est, simplement le fait d'avoir une bonne désinfection cutanée ne va pas régler le problème infectieux des chambres implantables. " Il y a d'autres sources d'infections. Il y a toutes les manipulations du prolongateur, de l'aiguille, des trousses à perfusion, des robinets au moment où l'on branche les médicaments, où l'on rince les cathéters ", précise le Dr Gérard. " Ce n'est donc pas exclusivement lié à la désinfection cutanée, qui n'est probablement qu'un moment mineur du risque infectieux. Les chambres implantables sont des cathéters sont mis pendant des mois. L'infection se manifeste rarement le long de l'aiguille, elle se manifeste plutôt à distance, par infection endoluminale. "

Une innovation potentielle

Bien que basé sur des protocoles qui n'ont même jamais été suivis en Belgique, le développement depuis septembre 2016 d'une compresse innovante pourrait intéresser le corps médical, essentiellement pour un point. Il s'agit de l'utilisation de biomolécules antimicrobiennes (antibactériennes et antifongiques) d'origine naturelle qui permettrait d'éviter l'apparition de nouvelles résistances bactériennes et de réduire le temps nécessaire à la décontamination le cas échéant.

" L'utilisation de biomolécules antimicrobiennes est peut-être originale. Mais il faudrait que la substance apporte quelque chose de plus que ce qui est à notre disposition actuellement ", tempère le médecin bruxellois. " Le standard de désinfection cutanée avant la mise en place d'un cathéter, sur base de la Clean Trial, est devenu la chlorhexidine 2% en solution alcoolique. Pour que la substance découverte soit intéressante, il faudrait qu'elle soit supérieure à ce standard. Le projet parle également du fait que cette nouvelle substance antimicrobienne pourrait éviter l'apparition de nouvelles résistances bactériennes. C'est vrai que si le projet accouche d'un bon antiseptique, bien toléré, vis-à-vis duquel il n'y a pas de risque de résistances, c'est un plus.

Laurent Zanella

Sources

http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2815%2900244-5/abstract

Le Clean trial montre que la détersion de la peau par un antiseptique préalable à la désinfection n'était pas associée à une baisse de l'incidence des infections et colonisations de cathéters, et ce quel que soit le type de désinfection (chlorhexidine alcoolique ou povidone alcoolique).

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