Médecine en prison : De Block prépare un plan d'action

Maggie De Block prépare pour le second semestre 2017 un plan d'action pour améliorer les soins de santé en prison et notamment la lutte contre les assuétudes en collaboration avec le ministère de la Justice. Elle attend pour cela un rapport du KCE prévu pour le début de 2017. Dans l'intervalle, notre dossier sur le piètre état sanitaire de nos prisons a fait réagir un médecin qui a exercé la vice-présidence et la présidence du Conseil de santé pénitentiaire pendant plusieurs années. Selon lui, en hôpital, on soigne les détenus de la même manière que les patients traditionnels.
Maggie De Block, en collaboration avec son collègue Koen Geens et les entités fédérées, prépare notamment un plan d'action contre les assuétudes en prison avec trois projets-pilotes en prison, annonce-t-elle dans sa dernière loi portant dispositions sociales. Il s'agit d'un projet d'aide qui "permettra d'identifier les conditions préalables et les exigences pratiques à prendre en compte pour le développement de ce modèle dans tous les établissements pénitentiaires".
Entre-temps (début 2017), le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) publiera début 2017 des recommandations visant à améliorer les soins de santé pénitentiaires en Belgique. La ministre attendra ce rapport pour mettre sur place un plan d'action ad hoc. "Il mettra un premier accent sur la garantie de l'assurabilité des soins aux internés et aux détenus ainsi que sur le renforcement des services médicaux dans les prisons."
Cela presse car la situation sanitaire dans les prisons, malgré certaines améliorations, laisse à désirer comme l'a démontré notre dossier sur la question à l'occasion de la sortie du livre "Case prison, Un jeu d'échec" (Editions Academia-Lharmattan)(lire jdM n°2474 du 2 décembre 2016).
A cet égard, le Dr Eric Wybaux, qui a présidé de nombreuses années le Conseil de santé pénitentiaire (organe indépendant du ministère de la Justice et qui donne des avis), nous a fait les remarques suivantes. Globalement, il confirme le constat global mais tient à y apporter des nuances.
Dossier médical
Tout d'abord, il précise que "tout détenu a droit à un dossier médical informatisé qui suit le détenu tout au long de sa détention. J'ai collaboré à l'élaboration de ce programme. Il tourne parfaitement... et a fait l'objet de présentation lors de nombreux congrès en Belgique et à l'étranger."
En revanche, "l'état sanitaire de certaines cellules est catastrophique, surtout dans les prisons anciennes. L'équilibre alimentaire est, dans certains établissements, désastreux mais je pense que de gros efforts sont faits depuis quelques années... toujours une question de budget. Il y a plusieurs années, le Conseil pénitentiaire de la Santé s'est prononcé en faveur d'un rapprochement avec la Santé publique et émis un avis au ministre de l'époque, Jo Vandeurzen."
Santé publique plutôt que Justice
Les critiques de l'ancien détenu Jean-Pierre Mahy seraient par contre anachroniques : "Je récuse les propos de M. Mahy concernant l'attente de plusieurs jours afin d'accéder aux soins. Durant mon activité de médecin aux prisons de Mons et Ittre, toute demande de médecin faite avant 9 h était traitée le jour même Je pense qu'il en était de même de mes confrères. Les propos de M. Mahy sont à remettre dans les conditions carcérales d'une autre époque... 1980 et avant, soit il y a presque 35 ans ! En ce qui concerne les "mauvaises opérations", il faut savoir que les chirurgiens qui opèrent des détenus sont les mêmes que ceux qui s'occupent de patients à l'hôpital. Ce sont les mêmes protocoles opératoires. Il n'y a pas une manière différente de soigner un détenu ou un patient hospitalisé."
Enfin, autre anachronisme, la Belgique est un des derniers pays européens à faire dépendre les soins en prison du département de la Justice. Seules l'Estonie et la Lithuanie sont dans le cas. La France a switché depuis plus de 20 ans. L'intérêt serait de disposer d'une instance médicale pour les soins.