Sages-femmes : le véritable plus vieux métier du monde

Les sages-femmes sont ravies de la possibilité qu'ont les parturientes de rentrer à la maison plus tôt ,car cela renforce leurs rôles à domicile. La proposition de Maggie De Block de réduire, après deux ans d'évaluation d'une dizaine de projets-pilotes hospitaliers, le séjour pour accouchement est donc saluée par les organisations professionnelles.
Toutefois, sur le terrain, les sages-femmes se comptent. Il y en aurait un nombre insuffisant. Ce sont les enseignements d'un colloque organisé la semaine dernière par les Mutualités libres.
La prostituée est-elle la première professionnelle dans l'histoire humaine ? Ou bien est-ce le médecin généraliste (le sorcier) ? Ou encore le gynécologue ? Depuis l'aube des temps, en tout cas, des femmes aidèrent d'autres femmes à accoucher. Mais il faut attendre la Grèce antique pour avoir de véritables preuves de ce métier connu aujourd'hui sous le nom de sage-femme. Pendant le moyen-âge, elles furent souvent confondues avec les sorcières et finirent parfois sur le bûcher, résume Marlene Reyns, présidente de la Vlaamse Beroepsorganisatie van Vroedvrouwen (VBOV). En 1591, on a connaissance apparemment d'une association de sages-femmes. Jusqu'en 1950, certaines sages-femmes sont des hommes. Mais c'est souvent la femme la plus âgée du village qui assiste les parturientes. En Angleterre, la sage-femme sillonne les campagnes à vélo. Dans la deuxième moitié du 20e siècle, seul l'accouchement à l'hôpital est remboursé, ce qui donne un coup de frein au développement du métier de sage-femme.
La charrue avant les boeufs
En Belgique, les sages-femmes francophones et néerlandophones se sont regroupées sous la bannière de la Belgian Midwives Association (BMA) pour mieux défendre leurs intérêts. Outre la Flamande Marlene Reyns citée plus haut, Anne Niset y représente l'Association francophone des sages-femmes catholiques (AFSF) et Vanessa Wittvrouw, l'Union professionnelle des sages-femmes belges (UPSFB).
Les trois organisations soutiennent Maggie De Block dans sa volonté de réduire le nombre de jours d'hospitalisation pour accouchement puisque leur rôle à domicile se voit renforcé. Les projets pilotes menés dans une dizaine d'hôpitaux permettront de tirer des leçons. Mais la ministre aurait mis la charrue avant les boeufs. "Seuls 20% des parents savent ce que la sage-femme fait exactement en terme de soins. Nous ne savons pas exactement combien de sages-femmes sont actives en Belgique", précise Anne Niset. Le terrain hors murs de l'hôpital doit être plus préparé avant d'envisager le départ précoce de la femme vers son domicile. Au sein de l'équipe multidisciplinaire, il faut éviter le chacun pour soi. La sage-femme est avant tout un soignant qui accompagne la femme tout au long de la grossesse et après l'accouchement.
Les sages-femmes ont deux ans devant elles (la durée des projets pilotes en hôpital) pour accueillir d'une manière digne les femmes qui rentreront plus tôt au domicile. Mais certaines dénoncent le double discours : La Déclaration de politique générale parlait déjà de réduire les séjours hospitaliers mais en même temps, on observe déjà de nombreuses maternités qui ferment (la maternité de l'hôpital de Lobbes et celle de Nivelles par exemple, lire en page 2 et sur www.lejournaldumedecin.com). Pour Dominique De Temmerman, médecin-expert auprès des mutualités libres, cette diminution des séjours n'est pas une mauvaise chose car elle nous oblige à avancer et évite un nouvel "encommissionnement" du problème comme c'est trop souvent le cas.
Quel rôle pour le MG ?
Si le rôle du pédiatre est clairement circonscrit (il s'occupe de l'enfant), celui du gynécologue, qui accouche essentiellement en hôpital, le rôle du médecin généraliste est moins évident. Car lui aussi peut accompagner la femme enceinte puisqu'il suit le patient de la naissance à la mort, comme l'a rappelé Paul De Munck, président du GBO, présent lors du colloque. Le tout est d'éviter des concurrences inutiles.
Mais la plupart des femmes ignorent que la sage-femme peut également agir au niveau des soins avant l'accouchement. De même, les sages-femmes sont présentes dans l'hôpital. Elles peuvent accoucher les femmes sans l'aide du gynécologue, même si ce n'est pas courant ni dans nos moeurs. La sage-femme peut en effet accompagner du début à la fin toute grossesse normale. Ce n'est qu'en cas de complication qu'il faut référer au gynécologue. Certains hôpitaux permettent à la sage-femme d'accompagner "sa" patiente au sein de l'hôpital, mais pas tous. Certaines institutions sont réticentes. Pourtant chacun est payé à la prestation, cela ne pose donc pas de problèmes particuliers.
Bref, les sages-femmes ne se sont pas encore imposées aussi fort dans le paysage des soins de santé qu'en France...