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Le bon soin au bon moment: pour une couverture sanitaire universelle

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Le Lancet publie cinq articles autour du concept de Right Care (soin adéquat), investiguant tant la sur- que la sous-consommation de soins et leurs écueils respectifs. Un travail de longue haleine mené par le Lown Institute de Boston poursuivant le but de la couverture sanitaire universelle, figurant dans la liste des objectifs 2015 de l'ONU pour un développement durable.

Nathalie Degand - 10 janvier 2017

Premier constat général ressortant de l'étude: les soins non appropriés constituent un phénomène largement répandu de par le monde, et ce tant dans les pays à revenus élevés que ceux à revenus moyens ou faibles. Rassemblant 17 auteurs provenant de 9 institutions et colligeant des données concernant une vingtaine de pays, les articles du Lancet constituent le résultat de près de trois ans de recherches, et permettent de mettre l'accent sur les divers aspects et conséquences d'un soin non adéquat, afin d'y remédier

Surconsommation et sous-consommation constituent quelquefois les deux extrêmes d'un même problème. La question est d'administrer le bon soin à la bonne personne au bon moment. Simple ? Pas tant que ça, et pour diverses raisons dont la première est que le soin approprié se situe souvent dans une zone grise, relevant parfois d'un soin utile et parfois pas.

Prenant l'exemple des césariennes, les auteurs mettent en exergue d'une part, une surconsommation : plus de 6.000.000 de césariennes non justifiées seraient ainsi pratiquées de par le monde, dont la moitié en Chine et au Brésil. Ils insistent par ailleurs sur la mise en place de méthodes pour contrôler le recours injustifié à la césarienne, citant notamment en exemple la Belgique. A l'autre bout du spectre, les auteurs soulignent que dans certaines régions rurales de pays à faibles ou moyens revenus, le recours à la césarienne s'avère difficile alors qu'il pourrait dans ce cas, éviter des décès maternels.

Sur et sous-consommation surviennent dans différents pays et peuvent parfois concerner un même patient.

Autre exemple figurant la difficulté de prodiguer des soins appropriés : bien que le Born Too Soon Preterm Action Group estime que 84% des plus d'un million de décès parmi les prématurés survenant chaque année pourraient être évités par une couverture sanitaire universelle et des interventions ciblées comme l'administration anténatale de corticostéroïdes et la méthode kangourou, la mise en place de ces mesures s'avère extrêmement lente...

La surconsommation peut prendre bien des formes, allant d'un usage inapproprié des antibiotiques en cas d'infections des voies respiratoires supérieures à la surconsommation de screenings (le cas du cancer de l'utérus aux Etats-Unis ou celui de la mammographie). S'y ajoutent une surconsommation de diagnostics et de procédures thérapeutiques ainsi que des admissions hospitalières non appropriées (les auteurs estiment entre 1% et 54% le nombre d'admissions hospitalières "superflues" selon les pays, sur base d'une revue de la littérature).

Sur et sous-consommation surviennent dans différents pays et peuvent parfois concerner un même patient. Un article est dédié aux solutions possibles et aux leviers d'action dont disposent les différents acteurs de la société, des gouvernements à la société civile en passant par les citoyens et bien sûr, les médecins qui dans un système idéal, devraient bénéficier de temps pour soigner leurs patients, prodiguer des jugements cliniques dans le meilleur intérêt de ces patients et de la communauté à laquelle ils appartiennet, et devraient recevoir le soutien des organes sanitaires, politiques et légaux.

Les articles de cette série mettent en exergue le fait que la surconsommation tend à être de mise pour des services générant des profits tandis que la sous-consommation est souvent guidée par l'absence de business models "forts". Mais il y a bien d'autres causes, comme les croyances culturelles (dont fait partie la médecine), les intérêts commerciaux, les limites des preuves scientifiques ainsi que la manière dont les cliniciens gèrent l'incertitude. Tous ces éléments requièrent un changement de paradigme dans leur traitement si l'on veut évoluer vers un meilleur soin aux personnes, concluent-ils.

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