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Le KCE fait ses comptes comme il peut

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Le Centre Fédéral d'expertise des Soins de Santé (KCE) publiait un rapport consacré à l'anticoagulation et la fibrillation auriculaire qui a suscité des réactions d'ordres divers, notamment au niveau des projections chiffrées qu'il propose.

Nathalie Degand - 12 janvier 2017

La comparaison, dans ce rapport, entre les "anciens", les antagonistes de la vitamine K (AVK), et les nouveaux anticoagulants (NOAC ou Nacos en 'français'), si elle conclut à un rapport coût-efficacité légèrement en faveur des NOAC, a une nouvelle fois mis en avant un paradoxe embarrassant : l'impossibilité - cautionnée par la loi - pour le KCE, un organe pourtant proche de l'Etat, d'avoir accès aux données concernant le prix réel de certains médicaments... et donc, de consolider certaines de ses projections et conclusions dans ce domaine.

En effet, tout en constatant que le budget globalement consacré par l'Inami aux traitements anticoagulants est passé de 1,6 million d'euros en 2004 à 95,3 millions en 2015, le centre d'expertise admet que "ce montant ne tient toutefois pas compte des ristournes confidentielles négociées avec les firmes". "Il ne tient pas non plus compte des économies (notamment sur les tests de laboratoire) générées par l'emploi des NOAC à la place des AVK", précisent encore les auteurs. "On estime que dans les années à venir, le budget consacré par l'Inami au remboursement des NOAC atteindra la somme de 100 millions d'euros", projettent les experts qui doivent donc pour cela se baser sur le prix officiel des médicaments.

Soulignons que cette explosion des coûts est due également au fait que le nombre de personnes placées sous traitement anticoagulant a augmenté de façon importante. Le nombre de patients actuellement sous anticoagulants est de 250.000, dont 132.000 sous NOAC.

S'agit-il d'une provocation de la part d'un organe pourtant proche de l'Etat, au CA duquel siègent des membres de l'Inami et représentants des ministres de la Santé publique et des Affaires sociales, frustré de ne pouvoir légalement accéder aux annexes de contrats conclus entre l'Inami et les firmes ?

Du côté du KCE, on regrette de ne pouvoir accéder au prix réel des médicaments, tout en soulignant que ce n'est pas la première fois que les chercheurs sont confrontés à une telle limitation. Et de rappeler la "mésaventure" des chercheurs s'étant attelés à la rédaction d'une étude destinée à évaluer l'efficacité de ce système parallèle de remboursement de médicaments (commanditée par la Ligue contre le cancer et Test-Achats suite à un appel à sujets du KCE) et dont l'élan a été coupé net par l'obligation qui leur a été faite, à la demande de pharma.be, de détruire toutes les données, même anonymisées et agrégées, qu'ils avaient récoltées à cette fin. En cause : l'article 12 de la loi du 22 juin 2016, qui renforce fortement la confidentialité de ce type de données.

Anciens et nouveaux

"Les NOAC sont au moins aussi efficaces et tout aussi sûrs que les AVK", estime Jean Nève, professeur de pharmacologie à l'ULB. "D'ailleurs, le rapport du KCE conclut qu'ils sont coût-efficaces. Il faut prendre en compte les critères de fiabilité, efficacité et sûreté." Les NOAC ne nécessitent plus de suivi mensuel du taux de coagulation, comme c'est le cas pour les AVK. Et ils ont durée de demi-vie plus courte, ce qui est un avantage en cas d'opération mais complique le suivi en cas de mauvaise observance thérapeutique ou d'oubli. En outre, l'observance thérapeutique semble la même pour les deux types de médicaments.

"C'est toute la querelle des anciens et des nouveaux", poursuit le Pr Nève, "et le fait aussi, que tous les prescripteurs ne sont peut-être pas encore à l'aise avec les NOAC (ndlr : introduits depuis une dizaine d'années mais surtout depuis 2012)." Or selon le rapport du KCE, 43% des patients recevraient une dose réduite de NOAC, laissant planer le doute sur une protection suffisante contre les AVC de certains de ces patients, en l'absence de monitoring de routine. Comme le précise Karin Rondia, du KCE, les prescripteurs sont aussi les premiers destinataires du rapport.

Pour Jean Nève, au-delà de cette querelle "anciens - nouveaux", c'est l'accès aux données qui pose question, ainsi que la transparence par rapport au coût du médicament, pour lequel tous les paramètres doivent être évalués. "Les médicaments moins chers ont parfois des effets pervers", ajoute-t-il, "et les firmes planifient leurs rentrées sur plusieurs années."

"Les NOAC constituent le premier choix pour toute une série de patients", confirme Karin Rondia du KCE, "mais il faut garder en tête que les chiffres dont on dispose dans les études pivots sont des chiffres standard."

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