Quel avenir pour la médicomut ?

Notre modèle de concertation dans les soins de santé est une forme de gouvernance ayant pour objectif de concrétiser les principes qui constituent le fondement de l'assurance soins de santé dans différents domaines.
Ancrés dans la loi dans les années '60 sous le leitmotiv "responsabilité et solidarité", lesdits principes sont bien connus : des soins accessibles couplés au droit, pour le patient, de choisir librement un prestataire de soins (conventionné ou non) jouissant lui-même d'une liberté diagnostique et thérapeutique et de la possibilité de fixer ses honoraires à sa guise dans les limites des accords tarifaires fixés par convention. Une série d'éléments qui forment un ensemble fragile fait de subtils compromis et de délicats équilibres...
Une partie de ces principes demandent aujourd'hui à être revus et corrigés en fonction d'une part des possibilités économiques actuelles, d'autre part des besoins et attentes de la société. La récente discussion sur l'indexation limitée des honoraires n'est qu'un épiphénomène d'un débat beaucoup plus large.
Ce débat ne porte pas et ne peut en aucun cas porter sur le maintien ou l'abandon du modèle de concertation ni sur son sens ou son non-sens. Les soins de santé se jouent à la fois au niveau macro (politique), méso (institutions et réseaux) et micro (relation soignant-soigné), et un alignement de tous ces réseaux entre eux et avec d'autres secteurs est nécessaire pour organiser un système de santé performant. Cet objectif ne peut être atteint qu'au travers de mécanismes de "gouvernance collaborative", dont les forums de concertation représentent un instrument essentiel. La concertation n'est donc pas un luxe mais une nécessité.
L'objet de ce débat, c'est l'adaptation de notre modèle de concertation à un contexte mouvementé, entre les économies qui se succèdent à une cadence quasi ininterrompue, les perspectives de croissance limitées, les ambitieux projets de réformes dans nombre de domaines (financement hospitalier, législation professionnelle, e-santé, restructurations...) et les négociations sur le niveau des honoraires. Un modèle de concertation ne concerne en effet pas que la répartition des richesses et des moyens supplémentaires : il doit aussi être suffisamment solide pour encaisser les coups durs et dégager des consensus dans des circonstances difficiles.
Certains médecins ont l'impression d'être visés de partout, par les autorités, par les mutuelles, par la presse...
L'ensemble des acteurs concernés sont aujourd'hui de plus en plus convaincus que nous avons besoin, pour les années à venir, d'un cadre de référence actualisé au sein duquel puisse être trouvée - en concertation étroite avec les autorités - une réponse à certaines aspirations légitimes de toutes les parties.
J'ai récemment lancé le débat à ce sujet. Parmi ses thématiques majeures figurent notamment le respect d'une stricte mise en application des accords, l'implication des médecins dans la gouvernance en milieu hospitalier, la discussion sur une répartition plus équitable des honoraires et le caractère raisonnable des suppléments, les accords autour de l'échange de données, les politiques de qualité et l'efficience des soins et enfin l'amélioration de la procédure budgétaire mais aussi du système de concertation lui-même (modernisation et simplification de la comitologie), afin de s'assurer une implication accrue des soignants, y compris les plus jeunes.
Il conviendra, en concertation avec tous les prestataires de soins concernés, de distiller de tous ces aspects un équilibre créatif, efficace et axé sur l'avenir qui corresponde à un paysage des soins centré sur le patient.
La concertation demande des efforts, un engagement, un respect mutuel, la possibilité pour tous les partenaires de garder à l'esprit l'intérêt commun pour prendre des décisions qui transcendent leur position personnelle et la volonté de poursuivre des objectifs à court terme mais aussi à plus longue échéance. Elle demande que chacun se retrousse les manches pour oeuvrer à un projet formulé et porté par tous, qui s'écarterait d'une vision de type "eux contre nous" au profit d'une approche collective.
Je conclurai ma réflexion par cette phrase d'Andy Warhol, qui se veut aussi un voeu de Nouvel An à tous les partenaires de la concertation : "On nous dit toujours que le temps fait changer les choses, alors qu'en réalité nous devons les changer nous-mêmes..."