Détérioration du réflexe de défécation ?

Les patients souffrant d'affections intestinales fonctionnelles ou d'anomalies anorectales peuvent souffrir d'urgences fécales. Après avoir mangé, ils doivent se rendre d'urgence aux toilettes. Des chercheurs ont voulu vérifier s'il existe une base clinique, psychologique ou physiologique à ce phénomène.
L'ingestion d'aliments est le principal stimulant de la motilité et des sécrétions gastro-intestinales. Pensez aux chaises d'enfant de jadis... De nos jours, tout ce qui touche aux selles est plutôt tabou, de sorte que le réflexe naturel de défécation est souvent réprimé.
Une étude observationnelle prospective a inclus 408 patients ambulants consécutifs, souffrant de troubles intestinaux fonctionnels et/ou de troubles anorectaux (74 % de femmes, âge 50,2 ± 15,6 ans, IMC 24,8 ± 5,0 kg/m²). On a demandé à tous les participants de compléter les questionnaires de Rome III. Ils se sont vus attribuer un score de dépression et d'anxiété et ont fait l'objet d'une évaluation physiologique. 21 % des participants allaient à la selle après avoir mangé.
Ils obtenaient des scores moins élevés à l'échelle d'anxiété (p=0,032) que ceux n'ayant pas d'urgences fécales après le repas, mais avaient des scores comparables en ce qui concerne la dépression et une personnalité anxieuse. Les mesures physiologiques (pression anale et sensibilité rectale) étaient comparables. Pourtant, la réponse aux aliments était plus importante dans toutes les portions du côlon. Les risques de diarrhée fonctionnelle (OR 2,6 ; p=0,006) et de syndrome du releveur de l'anus (OR 2,3 ; p=0,017) étaient significativement plus élevés. On n'a toutefois pas constaté d'association avec le syndrome du côlon irritable.
Bref, si le trouble est bel et bien prouvé cliniquement, les paramètres physiologiques sont normaux, et on observe seulement un lien avec une diarrhée fonctionnelle plus fréquente.
Bouchoucha M. et al. Clinical, psychological, and physiological correlates of patients who defecate after meal. Eur J Gastroenterol Hepatol 2017; 29(2):174-80. doi: 10.1097/MEG.0000000000000777.