Fatigue chronique : des causes physiques progressivement dévoilées

En médecine, le syndrome de fatigue chronique (SFC) commence à être reconnu comme une maladie et plus uniquement comme un trouble psychosomatique, à traiter comme tel. " Un examen approfondi permet très souvent de déceler une cause organique ou biologique derrière les symptômes ", déclare le Pr Frank Comhaire.
En médecine, le syndrome de fatigue chronique (SFC) commence à être reconnu comme une maladie et plus uniquement comme un trouble psychosomatique, à traiter comme tel. " Un examen approfondi permet très souvent de déceler une cause organique ou biologique derrière les symptômes ", déclare le Pr Frank Comhaire.
Le SFC s'explique par une multitude de facteurs. Il peut être déclenché par une mauvaise gestion du stress ou une surcharge. Il peut aussi se manifester suite à une infection virale ou longtemps après une opération ou un traumatisme. Il peut y avoir des prédispositions à cette maladie, voire des modifications épigénétiques qui favorisent son apparition. Enfin, les facteurs environnementaux jouent également un rôle. Ces éléments déclencheurs ne sautent toutefois pas aux yeux à la première consultation et seul un examen spécialisé permet de mettre en lumière certaines anomalies.
Une immunité perturbée
Le dérèglement immunitaire constitue l'un des premiers signes de la maladie. Des études scientifiques récentes montrent en effet que des changements biologiques chez les patients atteints de SFC peuvent entraver le bon fonctionnement des lymphocytes qui produisent les anticorps. Le Pr Frank Comhaire (UZ Gent) nous en dit plus sur la question, dans le prolongement de son billet d'opinion, récemment publié en collaboration avec le biologiste Gabriël Devriendt (Pures Institute) dans la revue en ligne et libre d'accès Internal Medicine. " C'est surtout le dérèglement de la production d'IgG qui engendre une surproduction d'anticorps. Ceux-ci peuvent alors se lier à la molécule C3 du complément, qui, à son tour, endommage les cellules du corps, avec une inflammation et la production de radicaux oxygénés à la clé. Ces radicaux sont quant à eux responsables de dommages aux tissus et aux organes. " Des altérations vraisemblablement assez légères, puisqu'elles ne laissent aucun dégât durable - et donc détectable. En outre, des modifications des taux d'IgG n'indiquent pas forcément un SFC, car les patients peuvent également présenter ce trouble sans variation de ces immunoglobulines.
Le dérèglement immunologique ne serait pas sans conséquence, tant au niveau cérébral que cellulaire. " Le fonctionnement des mitochondries peut s'en trouver altéré, avec une baisse de la production d'ATP à la clé. C'est alors qu'apparaissent des symptômes caractéristiques du SFC comme la fatigue générale, les problèmes de concentration ou de mémoire, et aussi un épuisement rapide et une récupération lente des muscles. "
Une large palette thérapeutique
Le traitement consistant à combiner thérapie cognitivo-comportementale et exercice physique graduel est sérieusement remis en question par de nombreuses études. " Il semble que ces solutions ne soient pas plus efficaces que les placebos et doivent donc être évitées ", ajoute Frank Comhaire.
" De la même manière, toutes les hormones administrées comme la cortisone, l'hormone thyroïdienne ou de croissance, ne sont pas seulement inutiles, elle peuvent aussi être dangereuses. Il en va de même pour la longue thérapie par antibiotiques en cas de présomption de maladie de Lyme. "
Pour être efficace, le traitement doit se baser sur les changements physiologiques liés au SFC et sur les facteurs déclencheurs. " Le traitement antivirale à long terme semble avoir bien marché dans certaines études. Une immunosuppression complète temporaire, comme appliquée après une greffe d'organe, peut également aider, bien que le traitement soit onéreux et qu'il doive être répété tous les six mois. De plus, celui-ci n'est pas sans risques. "
Un complément alimentaire spécifique, combiné avec des recommandations nutritionnelles, la suppression des produits néfastes (tabac, alcool, polluants) et un apprentissage de la gestion du stress, peuvent également compléter la palette thérapeutique. Des antidouleurs, des somnifères et des antidépresseurs peuvent aussi être prescrits en complément. Dans la pratique du Pr Comhaire, environ 70% des patients atteints de SFC sont soulagés par l'une des options thérapeutiques susmentionnées. " Même si cela ne concerne que certains aspects de leur maladie, chaque petite amélioration de la qualité de vie compte pour les patients. "
Ce mode de diagnostic et les différents traitements proposés peuvent également servir aux personnes souffrant de fibromyalgie.
Le rôle du médecin de famille
Les généralistes ont parfois du mal à poser un diagnostic, d'une part parce que la maladie n'est pas toujours reconnue et, d'autre part, parce que la distinction entre les plaintes SFC et les symptômes de grande fatigue ou de burnout n'est pas toujours facile à établir. Voici quelques conseils.
Le Pr Frank Comhaire nous explique le rôle du généraliste en matière de SFC. " Etant donné que le SFC constitue avant tout un diagnostic d'exclusion (en cas de fatigue inexpliquée, tenace), c'est au médecin d'écarter les causes habituelles et évidentes de fatigue. Cela requiert un examen propédeutique général, pour vérifier qu'il n'y ait pas d'insuffisance cardiaque, d'hypertension, de ganglion lymphatique, de tumeurs ou de signes d'infection. Le tout accompagné d'une analyse de sang et d'urine, pour exclure l'hypothyroïdie, d'éventuels déficits (en électrolytes, en magnesium, etc.), l'anémie, l'insuffisance rénale ou hépatique, le diabète, l'hypothyroïdie et l'infection en général. " En fonction des antécédents de la personne et des plaintes actuelles, il faut éventuellement aussi enquêter du côté des tumeurs pulmonaires ou intestinales, des lymphomes, avec asthénie paranéoplasique, etc. Lorsqu'aucune cause " évidente " n'a pu être établie, l'examen spécialisé du SFC est conseillé, ce qui sort également de la pratique habituelle du généraliste. "
Quand la politique de santé tourne le dos à la réalité
A l'heure actuelle, il n'y a qu'un seul centre de diagnostic du SFC reconnu, celui de l'UZ Leuven. " Il devra y en avoir 22 ", entonnait la ministre de la Santé de l'époque, Laurette Onkelinx, dans une lettre reprenant ses objectifs et adressée à l'organisation de patients Wake Up Call Beweging (WUCB). Son président, Gunther De Bock, se demande aujourd'hui où sont passés les dits centres. " Plusieurs hôpitaux ont décidé de faire cavaliers seuls en matière de traitement du SFC, avec des délais d'attente d'un an parfois (UZ Gent) et des coûts de traitement s'élevant à 1.000 euros et plus (UZ Antwerpen). Les établissements hospitaliers s'abstiennent de toute évaluation de l'efficacité de leur approche en ne signant pas la convention de l'Inami. Il n'existe donc plus de contrôle externe et la thérapie qu'ils proposent n'est pas evidence based. "
La Belgique compte quelque 30.000 patients atteints de SFC, dont 5.000 environ bénéficient d'une allocation d'invalidité. " Les suspensions sont pourtant légions ", reconnait De Bock. " La révision de la politique de santé en matière de SFC est urgente. Nous attendons tous une approche efficace de la ministre Maggie De Block. "