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Marchandisation des soins : "Pour des soins hippocratiques"

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Le Conseil provincial de l'Ordre des médecins Bruxelles/Brabant wallon consacrait sa matinée annuelle d'étude samedi dernier aux "patients et médecins face à la logique marchande". Michel Roland et Jean-Pierre Unger détaillent les bases d'une médecine profondément humaniste et fidèle au vrai serment d'Hippocrate, lequel rappelait au médecin que "dans toute maison où je serai appelé, je n'entrerai que pour le bien du malade".

Nicolas de Pape - 23 février 2017

Deux médecins bien connus, Michel Roland (Médecins du monde) et l'universitaire Jean-Pierre Unger (IMT Anvers), ont définit les contours d'une médecine fidèle au serment d'Hippocrate. Celle-ci passe d'emblée par une autonomie professionnelle suffisante qui est la condition-clé pour des soins sur mesure. En effet, alors que la médecine par les preuves est en crise (lire page 9), "la communication, la gestion de la relation, le savoir-être, l'habileté, l'éthique, la réflexivité, et la décision clinique biopsychosociale, centrée sur le patient sont par essence non standardisables"

Soins égalent marchandises

Or, affirment ces deux humanistes, "la Belgique est en route vers la commercialisation du financement des soins de santé. Le principe de gestion paritaire du secteur de la santé (le principe de la médico?mut) est mis à mal : le gouvernement veut que l'Inami s'intègre au Service public fédéral. A l'encontre du traité de Rome, la Commission européenne s'immisce dans les politiques nationales de santé. La sécurité sociale est tenue à des résultats au risque de réajustements financiers. Dans un cadre de recomposition du financement des soins de santé, patients et médecins seront écartés: au profit des assureurs commerciaux, qui ont les moyens de faire un lobby efficace auprès des instances de décisions, (comme déjà, à la Commission européenne et au Parlement européen). Bref, de services qu'ils étaient, les soins sont en passe de devenir des marchandises. "

En parallèle, la santé se déplace de plus en plus du premier pilier assurantiel au deuxième et du deuxième au troisième, moins solidaire, moins obligatoire, individuel et donc actuarien. En cela, la Belgique suit la pente des Etats-Unis, des Pays-Bas, de la Suisse et de l'Australie. Or le coût des dépenses publiques de santé aux USA est très supérieur à la plupart des dépenses totales des pays européens. La privatisation des soins est donc, selon ces deux orateurs, une illusion pour maintenir un contrôle des coûts. "L'accès aux soins est si désastreux aux USA que les pauvres de nombreux pays européens y ont un meilleur accès que les riches aux USA. "

Empruntant pour un instant la logique marchande, le Pr Unger souligne que " face à un PIB quasi stagnant dans l'Union européenne, si les dépenses de santé s'envolent, les autres acteurs économiques perdent des parts de marché."

Médecins moins payés

Au niveau des médecins, Unger rappelle que les MG hollandais et suisses gagnent moins que leurs confrères britanniques. Et le différentiel avec les spécialistes y est supérieur également. C'est aux USA que l'inégalité de revenus entre spécialistes est maximale. De plus, le coût des assurances couvrant l'aléa thérapeutique peut aller jusque 120.000 $/an pour certaines spécialités.

Les médecins belges qui se plaignent de bureaucratie et de paperasse devraient savoir que la perte d'autonomie des médecins dans le système US va jusqu'à 20 heures par semaine d'administration, liées à un taux de burnout élevé et une perte de contact avec le patient.

Face à cette dérive mercantile, les médecins doivent agir sur cinq fronts au moins : une action commune avec les organisations de patients dans les services de santé pour créer de la confiance ; une action politique commune entre médecins et patients pour peser sur les politiques de santé ; promouvoir des systèmes de santé qui mettent en leur centre le professionnel de santé; initier des débats visant à promouvoir et actualiser l'éthique médicale et, last but not least, soutenir une organisation sanitaire qui favorise le travail en équipe.

Concrètement, il faut renforcer la solidarité et l'équité du 1er pilier et agir contre l'individualisation des assurances-groupes du 2e pilier et la commercialisation des assurances santé individuelles du 3e pilier...

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