Dépression et personnes âgées : Collaborer, est-ce mieux ?

La question posée par les auteurs peut paraitre triviale ; pourtant, on dispose de peu de preuves scientifiques vraiment validées.
La prise en charge collaborative des personnes âgées permet-elle de résoudre les symptômes dépressifs et de prévenir la survenue d'une dépression encore plus sévère chez ces personnes ? C'est ce qu'ont cherché à savoir les auteurs de l'étude CASPER, impliquant plus de 700 participants âgés de 65 ans et plus. Ceux-ci ont été randomisés en deux groupes similaires. Sur l'ensemble, 344 ont été suivi par une équipe qui a veillé à une bonne collaboration, avec un manager de soins qui a préalablement évalué les troubles fonctionnels dus aux symptômes affectant l'humeur. Ceci a permis d'offrir un accompagnement comportemental pour une moyenne de 6 séances hebdomadaires. Le groupe contrôle a bénéficié d'une prise en charge classique. L'évaluation a été réalisée à 4 mois, puis à 12 mois, par un auto-questionnaire.
Parmi les 705 participants, 58% étaient des femmes. Ils étaient âgés en moyenne de 77 ans (+/-7,1 ans). Premier constat : si le taux de persistance dans l'étude est de 83% à 4 mois, il s'avère que les pertes de patients sont plus importantes dans le groupe de prise en charge collaborative que dans celui suivi de manière classique (23% versus 10%).
En revanche, l'évaluation du score de dépression par le travail collaboratif est plus efficace que le travail individuel. Le score de dépressions est de 5,36 pour le groupe "collaboratif" contre 6,67 pour le groupe "classique", soit une différence de −1.31 (95% CI, −1.95 to −0.67; p< 0.001). Après 4 mois de traitement, on a observé une différence de 6,3% entre les deux groupes de patients, en faveur du travail collaboratif : 17,2% des participants présentaient encore les critères indiquant une dépression dans la groupe collaboratif, contre 23,5% dans le groupe de prise en charge classique (RR=0,83 ; 95% CI, 0.61-1.27 ; p=0,25). Les chercheurs ont constaté aussi une accentuation de cette différence à 12 mois avec une baisse du risque de 35% (RR=0.65 ; 95% CI= 0.46-0.91; p=0.01)
Dès lors, la prise en charge collaborative semble bien plus efficace que le traitement habituel. Des travaux complémentaires sont nécessaires pour savoir si ce type de traitement est efficace à plus longue échéance encore...
Simon Gilbody et al. Effect of Collaborative Care vs Usual Care on Depressive Symptoms in Older Adults With Subthreshold Depression The CASPER Randomized Clinical Trial http://jamanetwork.com/journals/jama/article-abstract/2603931