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Arthrose, risque cardiovasculaire et mortalité

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L'arthrose a longtemps été considérée comme un brevet de longue vie. Une conception remise en question par l'allongement de l'espérance de vie.

Dr Jean-Claude Lemaire - 29 mars 2017

L'idée ancienne que l'arthrose était un brevet de longue vie s'explique par le fait que ce type d'atteinte ostéo-articulaire frappait essentiellement les sujets dont l'âge atteignait ou dépassait les limites de l'espérance de vie des années 50-60.

L'arthrose était alors considérée comme la preuve du fait que les individus atteints avaient surmonté les difficultés préalables et semblaient donc encore promis à un bel avenir. Cependant, au cours des 60 dernières années, hommes et femmes ont gagné une quinzaine d'années d'espérance de vie en moyenne, le poids de l'arthrose dans les soins de santé s'est alourdi et il s'est peu à peu fait jour que son impact néfaste ne se limitait pas à une diminution de qualité de vie.

L'influence de l'arthrose sur l'incidence des maladies cardiovasculaires est notamment un sujet qui est désormais à l'ordre du jour et qui fait débat. Lors du congrès mondial sur l'ostéoporose, l'arthrose et les affections musculo-squelettiques, Florence 23-26 mars, ont été présentées des données sur cette question.

Les investigateurs (N Veronese et al.) ont étudié l'association entre arthrose et incidence d'affections cardiovasculaires en se servant des données de l'OsteoArthritis Inititative (OAI). L'OAI est une étude observationnelle longitudinale multicentrique américaine qui a été menée sur une population de sujets adultes non institutionnalisés.

Dans ce travail ont été pris en compte les atteintes arthrosiques des localisations classiques (mains, genou, hanche, cou, dos) et des autres sites éventuels.

Les atteintes cardiovasculaires d'intérêt étaient les infarctus, les défaillances cardiaques, les AVC et les autres atteintes cérébrales liées à l'athérome et enfin les artérites périphériques. L'existence ou l'absence de ces atteintes était basée sur les déclarations des individus eux-mêmes.

Au total, les données de 4.265 sujets initialement indemnes des atteintes cardiovasculaires d'intérêt ont été analysées, dont 1.775 avec arthrose et 2.490 sans arthrose. L'âge moyen initial était de 60,8 ans et l'échantillon comportait 59,2% de femmes. Dans le cadre d'un suivi moyen de 8,2 ans, une analyse par régression de Cox avec ajustement sur 11 variables initiales potentiellement confondantes, indique que les sujets avec atteinte arthrosique ont un risque de développement d'une atteinte cardiovasculaire qui est majoré en moyenne de 27% par rapport aux sujets sans atteinte arthrosique, ratio des risques relatifs (HR) de 1,27 avec des intervalles de confiance à 95% (IC 95%) s'étendant de 1,03 à 1,56.

Une analyse plus fine montre cependant que cette association n'est significative que chez les femmes et qu'elle est cantonnée aux sujets ayant une arthrose digitale (HR 1,31 ; IC95% 1,01 à 1,68) car pour les autres localisations arthrosiques, il n'y a pas d'augmentation du risque de développement d'une atteinte cardiovasculaire.

A noter que lors de cette même session de communications orales, une autre analyse (KM Leyland et al.) portant sur les données de près de 10.000 sujets provenant de 6 cohortes différentes montre que les sujets porteurs d'une gonarthrose symptomatique avec lésions radiologiques ont un risque de mortalité globale majoré de 19% (IC95% 1,04 à 1,37) par rapport aux sujets sans gonarthrose, indépendamment de l'âge, du sexe et de la race. L'association n'est pas significative pour les sujets avec gonarthrose symptomatique sans lésion radiologique.

A ce stade le triple message est donc:

• de cesser de considérer que l'arthrose n'est qu'une simple affection ostéo-articulaire, elle a plus que probablement des implications plus larges ;

• de surveiller de près sur le plan cardiovasculaire, les femmes ayant une arthrose digitale ;

• de penser au-delà du genou pour les sujets avec gonarthrose radiologique et symptomatique.

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