Le venin d'un petit poisson tropical cacherait un nouvel antidouleur

Des scientifiques britanniques de l'école de médecine tropicale de Liverpool et australiens de l'Université de Queensland ont découvert que le venin de la blennie, un petit poisson coloré des récifs coralliens du Pacifique, pourrait donner naissance à une nouvelle classe d'antidouleur grâce à sa composition unique.
Au premier regard, les blennies meiacanthus grammistes ne paient pas de mine. Pourtant, pour leurs prédateurs comme le mérou, elles constituent un bien plus gros morceau à avaler que ne le laissent croire leur taille de 4 à 7 centimètres et leur comportement craintif.
Si la plupart des poissons venimeux injectent leurs toxines grâce à des épines dorsales ou latérales, les blennies, elles, utilisent une tout autre stratégie : elles possèdent sur leur mâchoire inférieure deux redoutables incisives creuses, reliées à des glandes qui sont chargées de venin. Dès lors, quand un assaillant s'en empare dans leur gueule pour en faire leur repas, elles le mordent et, pour l'étourdir, elles lui injectent dans la gencive du venin aux propriétés analgésiques et anesthésiantes. Conséquence : la pression artérielle de l'assaillant baisse brutalement, la coordination de ses mouvements est perturbée, ce qui l'oblige à ouvrir sa gueule et à relâcher sa proie.
Particularité de ce venin contrairement aux effets produits par les autres venins connus : il ne provoque aucune douleur, agissant comme de l'héroïne ou de la morphine, mais se contente de paralyser momentanément l'attaquant, ce qui permet à la blennie de décamper en vitesse.
Les premières expériences menées sur des souris de laboratoire auxquelles du venin de blennie a été injecté ont montré que ce venin ne provoquait aucune douleur, mais seulement des signes d'inflammation visibles pendant un ou deux jours.
Surpris car les morsures de serpent ou les piqûres de raie provoquent en général immédiatement une douleur intense, les chercheurs ont souhaité analyser la composition du venin de blennie. C'est ainsi qu'ils ont identifié trois toxines aux modes d'action distincts. Tout d'abord, des encéphalines, que l'on trouve également chez certains scorpions, et qui se fixent sur les récepteurs aux opioïdes, provoquant un effet analgésique. Ensuite, le neuropeptide Y, qui est aussi présent dans le venin d'escargot de mer et qui est à l'origine de la baisse soudaine de tension artérielle. Enfin le PLA2 (phospholipase A2), un enzyme couramment fabriqué par les serpents, lézards, abeilles et autres scorpions, qui, lui cause l'inflammation.
Unique, ce cocktail fait dire au Pr Bryan Fry, un des principaux auteurs, que les blennies sont "les poissons les plus intéressants" qu'il a jamais étudiés et que leur venin est "le plus surprenant de tous les venins connus."
Bien conscient que de nouvelles recherches seront nécessaires pour savoir si ce venin pourrait servir de base pour un traitement de la douleur chez les humains, le Pr Fry ajoute que la découverte qui vient d'être faite est également "un excellent exemple des raisons pour lesquelles nous devons protéger la nature". Déplorant le réchauffement des océans et leur acidification car ces phénomènes menacent les écosystèmes où vivent les blennies et d'autres espèces de poissons, il invite à tout mettre en oeuvre pour préserver la Grande Barrière de corail...
(référence : Current Biology, 30 mars 2017, DOI : 10.1016/j.cub.2017.02.067)