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Une caméra dans le ventre de l'hôpital

Avec son documentaire Burning out, sous-titré Dans le ventre de l'hôpital, Jérôme Le Maire décrit le mal qui ronge les membres de l'unité chirurgicale de l'hôpital Saint-Louis à Paris, et son personnel soignant soumis au diktat de l'efficacité et de la productivité exigées par l'organisation sophistiquée du travail. Seul avec sa caméra, il s'est immiscé à l'intérieur d'un système en crise. Diagnostic.

4 mai 2017

Le jdM: Comment avez-vous obtenu les autorisations pour tourner dans un lieu à ce point touché par le mal-être et la problématique du burn-out?

Jérôme Le Maire: Il est assez incroyable que des responsables d'entreprise m'aient autorisé à venir filmer un endroit qui n'allait pas bien. En général, lorsqu'apparait une problématique de burn-out ou de risques psychosociaux aigus, l'entreprise a plutôt tendance à le cacher. Le fait d'obtenir cette autorisation est significatif d'une tendance émergente: tout doucement, à force de parler du burn-out, on commence à y attacher de l'importance et à se dire qu'il faut traiter le problème. Lorsque j'ai demandé les autorisations de tournage, la base, les gens avec qui je travaillais, avaient une oreille très attentive quant à la réponse qu'allait fournir la direction. Celle-ci était un peu coincée, n'ayant plus trop le choix que d'accepter.

Il m'a fallu avancer des arguments disant je n'allais pas ternir leur image de marque, et faire quelque chose de scandaleux; et parmi ces arguments, il y avait le fait que je voulais réaliser un film qui montre la dynamique d'un système qui ne va pas bien, mais une dynamique positive, constructive. Mon objectif de départ était d'ailleurs de montrer l'espoir: comment notre société en général devrait procéder pour s'en sortir. Montrer avec Pascal Chabot, auteur d'un livre* philosophique sur le burn-out et coauteur du film, comment faire pour trouver une issue.

Voyant cela, et voyant ma volonté de montrer les efforts fournis par le système pour se prémunir des risques psychosociaux et de souffrance au travail, la direction a commandité un audit. Scénaristiquement parlant, c'était parfait, car j'allais pouvoir en mesurer l'impact.

J'espérais que cela fonctionne, mais j'avais des doutes puisque ce genre d'audit est spécialisé pour travailler l'efficience et la productivité. Le cabinet auditeur, très rapidement, a d'ailleurs baissé les armes - off the record. Le responsable m'a même parlé de greenwashing. On repeint la marque en vert pour dire que... En fait, je suis resté dans l'hôpital plus longtemps que les auditeurs: j'étais présent avant et après leur audit.