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Guidelines: ce serait bien d'informer aussi la population

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Le centre fédéral d'expertise (KCE) a récemment publié un rapport circonstancié et s'est montré quelque peu déçu quant au degré d'observance des guidelines en médecine. Il déplore un "manque d'intérêt" des thérapeutes tout en reconnaissant que ces recommandations sont parfois illisibles et complexes à comprendre. Le Dr Thierry Van der Schueren, secrétaire général de la Société scientifique de médecine générale explique ce qu'il en est en pratique.

Nicolas de Pape - 4 mai 2017

Le jdM : Le KCE vient de sortir un rapport où il précise dans le même temps que vous êtes 87% à suivre les guidelines mais souligne en même temps votre manque d'intérêt (y compris pour les recommandations du KCE)...

Dr Th. VdS. : je pense qu'il y a surtout un manque d'intérêt par rapport à la façon dont ils sont présentés. Un gros rapport de 50 pages, c'est totalement indigeste pour un clinicien qui cherche du temps pour répondre à la demande de tous les patients. Cela transparaît dans leur rapport d'ailleurs. Enfin, ils se rendent compte qu'ils doivent améliorer la lisibilité de leurs rapports pour que le clinicien l'utilise et s'y réfère.

Partagez-vous le sentiment que ces recommandations sont parfois difficiles à trouver également ?

Effectivement. Mais elles sont aussi très dispersées. Il n'est pas toujours évident de trouver la dernière version dans une langue accessible.

Finalement, ils ont remarqué que vous aviez l'habitude, par facilité au fond, de suivre les recommandations de vos sociétés scientifiques...

Oui, c'est vrai. Mais ce n'est pas seulement la proximité et la facilité. Il y a aussi le problème de confiance dans la source. Nous avons confiance dans la SSMG organisée par des médecins de terrain. Les experts du KCE paraissent venir d'un monde bien lointain, détachés de la pratique et plus proches d'une influence gouvernementale. Idem pour les sociétés scientifiques des gynécologues, des urologues. Le KCE s'adapte souvent aux réalités économiques loin des considérations EBM.

A part la SSMG, quel type d'institutions vous inspire confiance ?

En général, les RBP (recommandations de bonne pratique) du NICE (National Institute for Health and Care Excellence) sont très dynamiques, bien adaptées, toujours relues par des médecins de la British Medical Association. Ils tiennent compte des contingences économiques. Car il ne suffit pas de dire que le patient en dépression légère doit suivre une psychothérapie et ne pas prendre de médicaments. Encore faut-il avoir un psychothérapeute à proximité et pouvoir se le payer. Une séance de psychothérapeute sans remboursement adéquat, ce n'est pas toujours accessible. Ce qui explique le choix du médecin pour un médicament lorsque le patient a des moyens limités...

Au niveau belge, le KCE cite le EBMpracticeNet. Vous l'utilisez ?

Oui. Je le connais. Mais cette plateforme doit encore améliorer son caractère facile et intuitif. Elle doit être plus user friendly. Mais le fait d'avoir, sur une plateforme centralisée, des informations à caractère "quaternaire" et étrangères les plus valides, c'est un plus, c'est un outil très efficace et très performant.

Vous appelez de vos voeux j'imagine les "evidence-linkers", qui sous forme de pop-ups sont autant d'aides à la décision ?

Oui et non. Ça peut être utile mais ce n'est pas la panacée. Car il faut déjà avoir posé le diagnostic. Il y a probablement des aides à la décision médicale qui pourraient venir encore aider le médecin dans l'abord de son diagnostic notamment différentiel. Mais effectivement, on est sur la bonne voie. Par contre, c'est sûrement le bon chemin pour aider le médecin qui utilise son logiciel à mieux utiliser les RBP.

Comment communiquer ces recommandations au patient ? C'est un défi supplémentaire...

Le KCE parle d'intégrer les patients dans les groupes de réflexion. C'est important. Car il faut convaincre les patients parfois soumis à des messages médicaux anciens répétés pendant des années. Ou des messages non-médicaux qui viennent contrecarrer notre discours. Le patient souffrant de maux de dos, par exemple. En l'absence de signaux d'alerte, l'EBM nous dit de ne pas aller à l'imagerie immédiatement. C'est difficile de contrer des "croyances" parfois d'un autre temps. En matière de cholestérol, le matraquage pour des margarines contredit le discours médical consistant en une approche globale des maladies cardiovasculaires dans laquelle le cholestérol n'est qu'un élément.

Un conseil aux autorités ?

Ce serait bien que les messages qui nous sont adressés soient également transmis à la population en parallèle... Autre chose : ils voudraient des MG dans leurs groupes de développement. Soulignons simplement qu'assister à des réunions en pleine journée dans le centre de Bruxelles pour un médecin de province, ce n'est pas simple. Si l'on compare à un prof d'unif' ou un juriste...

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