Un robot conçu pour forer très rapidement dans la boîte crânienne

Ouvrir le crâne d'un patient en faisant un trou dans les os avec un foret à main, c'est assurément tout un art. Un art qui nécessite de prendre en compte l'épaisseur du crâne, la densité osseuse de la zone à sectionner, la préservation du réseau sensible de nerfs, d'artères et de veines...
Un art qui réclame donc beaucoup de minutie de la part des neurochirurgiens et qui prend du temps. En moyenne pour l'ouverture du crâne en vue d'une opération du cerveau, il faut actuellement compter deux à trois heures. C'est donc long.
Mais cela pourrait bientôt changer et même de façon drastique grâce à un robot-foreur que viennent de concevoir des chercheurs des départements de neurochirurgie et de génie mécanique de l'Université de l'Utah. Il permettrait, selon les résultats des premiers tests, de réaliser ce type d'opération de manière automatique, en deux minutes et trente secondes, soit près de cinquante fois plus vite que le plus habile des neurochirurgiens !
Et qui dit moins de temps, dit aussi anesthésie plus courte, moins de risques d'infection pour le patient, un chirurgien moins fatigué et une opération moins coûteuse. Bref une "perceuse" qui présente bien des atouts pour la chirurgie du cerveau.
Mais au vu des prouesses dont cette machine d'un genre particulier est capable, ne devrait-on pas craindre que de nombreux chirurgiens se retrouvent au chômage ? Ce serait oublier que l'engin va devoir être alimenté avec les analyses des médecins. Il est en effet piloté par un programme informatique auquel sont préalablement transmis les données d'imagerie de la personne à opérer.
Cela passe donc par un scanner de la boîte crânienne du patient de manière à répertorier tous les obstacles et à intégrer des paramètres tels que densité et épaisseur des os, emplacement des vaisseaux sanguins...
C'est aussi le chirurgien qui commande au robot le trajet à effectuer, au millimètre près. "Un logiciel permet de choisir le chemin optimal pour aller d'un point A à un point B, comme avec Google Maps," explique Alagar. K. Balaji, un des auteurs de l'étude, tout en précisant que la technologie a notamment été testée sur la voie translabyrinthique, une forme particulièrement complexe d'ouverture crânienne. Il s'agit en l'occurrence de passer au travers de l'os temporal, un os dur avec des angles étranges. De quoi démontrer l'efficacité du prototype.
Reste que la machine n'a pas été testée sur de vrais patients, mais sur différents matériaux, des mannequins, et puis des crânes de personnes décédées.
Neurochirurgien à l'Université de l'Utah et co-concepteur du robot, William Couldwell espère néanmoins que ce dispositif médical, dont le coût est évalué à environ 100 000 dollars, pourra être commercialisé dans deux ans et ainsi faire son entrée dans les hôpitaux. Il envisage aussi déjà que ce type de robot soit utilisé pour percer un trou dans une hanche afin de placer une prothèse et dans d'autres opérations chirurgicales.
(référence : Neurosurgical Focus, mai 2017, DOI : 10.3171/2017.2.FOCUS16561)