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Cette Grande guerre qui fit avancer la médecine

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Louis Maraite, directeur de la communication du CHU de Liège, est aussi journaliste, et à ce titre, il a mené une série de recherches sur le rôle des civils pendant la guerre 14-18. C'est donc tout naturellement qu'il s'est intéressé au rôle des médecins, infirmiers et brancardiers dans la Bataille de Liège. Le journal du Médecin l'a rencontré dans un lieu loin d'être anodin dans la Cité ardente : le Mémorial interallié.

Laurent Zanella - 13 juillet 2017

Le journal du Médecin : Pourquoi avoir choisi ce lieu comme point de rencontre ?

Louis Maraite : Pour trois raisons. La première est historique : le Mémorial est le monument qui commémore la victoire des alliés en 14-18. Une guerre qui avait débuté à Liège. Le monument commémore le sacrifice des Liégeois.

La deuxième est politique : nous avons suggéré à Liège de reprendre la gestion ou la propriété du Monument à la Régie des Bâtiments pour en faire un vrai lieu de mémoire et pas un espace inaccessible.

La troisième est personnelle : j'habite à 200 mètres du Mémorial et j'ai créé avec Bouli Lanners et quelques voisins une sorte de comité de rue, le GASP (Groupe d'Actions Spontanées de Proximité) qui entend valoriser le site. Une partie des bénéfices du livre soutiendra ces objectifs.

Une ville singulière

Parlons d'abord de Liège : la ville a été marquée et de nombreux lieux sont nommés d'après des événements de la Grande Guerre. Y-a-t-il une fierté liégeoise derrière cet événement ?

Oui et non. C'est une fierté pour la résistance des forts qui ont arrêté l'avancée allemande. Une résistance obstinée qui traduit bien l'esprit liégeois : bon enfant, convivial, mais la tête dure. Il ne faut pas l'énerver. En cela, la résistance des forts est très symbolique d'un esprit et les rues, les monuments, les commémorations entretiennent le souvenir et le symbole.

Mais c'est aussi un cri de rage : en 1914, rien n'était prêt et tout le monde pensait que la guerre n'aurait pas lieu. Le 4 août 1914, les Liégeois ont été livrés à eux-mêmes : la Croix-Rouge avait deux ambulances à disposition et l'Armée a envoyé dans les forts le seul matériel disponible : le matériel d'amputation. Autant dire que cela a dû avoir un effet motivant...

Finalement, qu'est-ce que Liège a de différent par rapport aux autres régions de Belgique ?

Elle a été la première ville confrontée à l'invasion. Elle a été la première ville universitaire à un moment où les relations académiques entre l'Allemagne et la Belgique étaient énormes. Le professeur de chirurgie de Liège, von Winiwarter, est le père de la chirurgie liégeoise. Il a tellement été outré par l'invasion allemande qu'il a demandé la naturalisation et est devenu " de Winiwarter ". Cette résistance des intellectuels a été magnifique, suivie par celle de Bruxelles tandis que Gand collabora avec l'occupant. Les forts, l'Université et tous les Liégeois ont fait honneur au qualificatif de " Cité ardente " que Carton de Wiart a attribué à Liège en 1894. Cette ardeur reste entière aujourd'hui et elle fait la différence de Liège.

Un devoir de mémoire

Votre livre évoque de nombreux personnages charismatiques. Lequel vous a le plus marqué ?

Evoquer le général Leman serait juste. Mais je voudrais surtout mettre en avant le magistral travail de mémoire qu'effectue le Dr Patrick Loodts. Son livre 'La grande guerre des soignants' (Editions Memogrammes - 2008) est une référence mais le Dr Loodts poursuit infatigablement son travail sur son site internet (http://www.1914-1918.be) et il réalise un travail encyclopédique sur le sujet en apportant de multiples témoignages sur le rôle des civils dans la Grande guerre. Il mérite une médaille pour ce travail.

Quelle fut la réception du livre par le corps médical au CHU de Liège ?

Je pense que les jeunes médecins d'aujourd'hui sont tellement impliqués dans leur travail, dans leurs recherches et dans les projets qualitatifs et participatifs que le CHU met en place qu'ils n'ont que peu de temps, voire d'envie, de se plonger dans ce qui est, quand même, une partie de leur histoire. Je peux les comprendre mais je le regrette aussi. Ceux qui ont fait l'effort m'ont fait part de leur satisfaction. Je crois aussi qu'ils sont heureux de voir que leur " communicateur " - ils m'appellent le " chef de la propagande " (sourires) - s'intéresse à ce qui fait partie intégrante du passé de l'institution. Dans le milieu médical, les publications sont importantes. Les miennes n'ont pas un " impact factor " mirobolant mais elles existent... et je crois qu'ils apprécient cela.

En un mot, pourquoi nos lecteurs devraient-ils lire ce livre ?

L'homme ne sait jamais comment il réagit devant les situations extrêmes. Les médecins en août 1914 n'ont pas tous été des héros. Certains ont fuit vers les Pays-Bas, neutres, ou vers le Sud de la France. D'autres ont prodigué des soins chez eux, aux soldats des deux camps. D'autres se sont portés volontaires pour rejoindre l'armée avec, pour 54 d'entre eux, une fin tragique. D'autres encore ont rejoint l'Hôpital de l'Océan, répondant à l'appel de la reine Elisabeth et du Pr. Depage. Cette histoire nous interroge, à titre personnel, sur une question existentielle : et moi, qu'aurais-je fait ?

Le rôle des médecins/infirmiers/brancardiers dans la Bataille de Liège

En trois chapitres, Louis Maraîte traite à la fois d'une histoire singulière, celle de Liège et la résistance formidable de ses citoyens, et d'une histoire générale, celle de l'évolution de la médecine pendant cette ère sombre. " En termes imagés, le traitement d'une balle dans le genou pendant la guerre a évolué comme suit ", écrit l'auteur. " En 1914, le patient mourrait ; en 15, on l'amputait au-dessus du genou ; en 16 en dessous du genou ; en 17 on n'amputait plus mais le patient gardait une jambe raide ; en 18, les séquelles étaient minimes..."

Le livre parle également de l'impréparation belge à l'aube de la guerre, notamment celle de la Croix Rouge, et la compare à la perfection du modèle allemand. Face à l'improvisation belge, l'envahisseur disposait d'un schéma de déploiement des services de santé préparé au cordeau, envoyant le blessé plus ou moins loin du front en fonction de la gravité de la blessure. Des zones de tris étaient prévues et diverses institutions préparées en fonction.

Une oeuvre qui se lit facilement, d'autant plus si l'on est Liégeois, mais pas uniquement: les curieux de la médecine qui se pratiquait avant et pendant la Grande Guerre y trouveront également leur compte.

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