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Médecine environnementale: le médecin est désarmé face à la complexité de la matière

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Il y a une relation étroite entre la santé et la qualité de l'environnement. C'est en tout cas l'avis d'Écolo. Durant le dernier Écolab, à Mons, le Dr Jean Pauluis, médecin généraliste et maître de conférences à l'ULg, a abordé la problématique du manque d'information et de capacité d'action des professions médicales.

Laurent Zanella - 14 juillet 2017

Armé d'une seule diapositive, volontairement indigeste et complexe, le Dr Pauluis campe la situation. " Je suis venu avec cette image pour que vous compreniez la complexité de la problématique. De nouvelles substances - principalement les perturbateurs endocriniens - amènent de nouvelles notions en matière de toxicologie dans leur sillage. "

La médecine environnementale est complexe tout autant qu'elle est nouvelle, tient à rappeler le médecin liégeois. " À côté du volet toxicité, il y a également un volet d'expologie. Où, quand, comment, par quelles voies la population va-t-elle être exposée ? Il y a enfin la gestion du risque, qui est le domaine du politique, du scientifique, et peut-être aussi le domaine des querelles d'experts. C'est aussi le débat sociétal qui s'engage lors de la mise sur le marché d'une molécule et la réaction de la société. Le délai de réaction est trop long actuellement. Les politiques sont extrêmement complexes en la matière. "

Le médecin désarmé

La médecine environnementale n'est pas encore un sujet qui intéresse l'enseignement. S'il y a bien une prise de conscience de la problématique du corps médical, la complexité de la matière rend la formation difficile. " Je suis maître de stage en médecine générale ", commente Jean Pauluis. " Lorsque je demande à mes assistants ce qu'est un perturbateur endocrinien, s'ils comprennent bien les mots, ils ne sont en revanche pas conscients des défis qui sont posés par ces molécules. Ils ne sont absolument pas formés sur la question. "

Créer une spécialité en médecine environnementale n'est toutefois pas la solution. " Ce n'est pas nécessaire : le sujet est trop complexe ", acquiesce le généraliste. " Il est plutôt intéressant de former les médecins pour qu'ils puissent participer à des groupes multidisciplinaires, comprendre la vision de la personne qui va modéliser la dispersion des gaz ou de celle qui va modéliser la dispersion des polluants dans le sol, d'essayer de comprendre par où les polluants vont arriver. "

Un certificat de médecine environnementale, plus facile et plus léger est donc plus indiqué. " Ce certificat permettrait d'être détecteur précoce des faits. Les médecins ne devraient pas être détecteurs de maladies, mais être formés sur base de leur production biologique, clinique, pour être plus sensibles à l'émergence de certains effets de l'environnement sur la santé, comme par exemple la recrudescence d'enfants hypotrophiques, des altérations de la fonction respiratoire réversibles, etcetera. "

" Quand le médecin est témoin de la complexité de la problématique, qu'il la comprenne ou qu'il la subodore, il est déjà un peu découragé. "

Le médecin a un rôle à jouer

Les médecins sont malgré eux des spécialistes de la communication du risque. " Mais la formation en santé publique est lacunaire ", tempère le Dr Pauluis. " Pourtant, nous avons la capacité de faire remonter les alertes vers les autorités, vers la population. C'est d'ailleurs une obligation légale imposée par l'article 7 de la loi relative aux droits du patient, déontologique, l'Ordre des médecins ayant été clair sur le sujet, et enfin éthique. "

Pour accomplir cette tâche, les médecins mettent en avant un besoin : la formation. " On pourrait très bien imaginer une formation obligatoire en médecine environnementale qui concernait une ou deux unités de formation à faire sur des cycles de deux, trois ans qui permettrait au médecin de comprendre et de renouveler leurs connaissances sur cette problématique complexe ", imagine le spécialiste de la question.

" Les autorités ont également un rôle à jouer : les médecins ont besoin d'informations validées. Ils ne veulent pas aller au feu, notamment dans les problèmes d'expositions locales (comme dernièrement à Fernelmont, ou il y a bientôt 30 ans à Mellery, ndlr). Il faudrait également des canaux de communication pour pouvoir faire remonter les questions. Lorsqu'un médecin constate un taux anormal de syndromes d'hyperactivité par exemple, comment faire pour alerter les autorités ? Il y a là un vrai besoin. "

Freins et outils

Le médecin affiche résolument une résistance au changement. C'est dû à une éducation qui est systématiquement top-down, estime le médecin liégeois. " Nous faisons aujourd'hui face à des molécules nouvelles, dont on ne connait pas les effets. Il faut perdre de vue l'idée de toute-puissance véhiculée par la science. C'est difficile pour nous médecins. Nous sommes formatés pour suivre certains guidelines, et ces molécules viennent perturber ces lignes de conduite. Ce n'est pas la façon habituelle de penser en médecine. Cela dégage un sentiment d'impuissance chez les médecins."

Comment s'approprier cette thématique complexe dès lors ? " Il y a des outils qui doivent être mis à disposition par les autorités ", conclut Jean Pauluis. " Des campagnes d'informations, des informations validées, des modules de formation précis qui peuvent être adapté à des phénomène d'exposition locale. On peut également songer à des consultations de médecine préventive pour les médecins ayant pris la peine de se former en la matière. Des consultations qui seraient remboursées par l'Inami. Enfin, il faut se pencher sur la création de métiers nouveaux comme des infirmières en prévention. Puisque l'on sait que le foetus est la cible principale des perturbateurs endocriniens, formons des spécialistes en prévention. "

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