Double cohorte : incapacité ou incompétence ?

Le passage de la formation des médecins de 7 à 6 années d'études est prévu depuis des années. Les règles seront bientôt définitives, lorsque les étudiants exprimeront le choix de leur vie professionnelle. De l'incompétence à l'incapacité, c'est l'occasion pour le vieux délégué que je suis de revenir sur la gestion de cette année d'exception.
Notre incapacité actuelle est actée : voilà un an qu'il est trop tard. Les solutions potentielles auraient pu être réfléchies et mises en place antérieurement, mais elles ont été reléguées à plus tard, par incompétence.
Contrairement à ce que nos doyens aiment nous faire croire, les torts sont partagés. Selon la tendance politique du quidam, celui-ci reprochera aux ministres PS ou à ceux de la suédoise de n'avoir pas agi. Les deux auront raison.
La première consultation étudiante du ministère de la Santé sur le sujet a eu lieu en février 2017... Un peu juste, ne trouvez-vous pas ? Quand un accident vous est signalé depuis 6 km, avec des rappels tous les kilomètres, attendez-vous d'avoir un visuel direct pour anticiper ?
Les facultés, en n'attaquant la problématique que de façon superficielle, n'ont pas non plus pris leurs responsabilités. Une réflexion interuniversitaire au ralenti et le manque de volonté de nos doyens n'ont pas permis une mise en commun des ressources. La double cohorte n'a manifestement pas été considérée comme une priorité. Peu importe, les étudiants trinqueront, les facultés vivront.
Illustration avec un exemple navrant : la gestion des places de stage n'est pas partagée entre les 3 universités. Chacune couve avidement ses ressources. Un maître de stage à Tournai serait pourtant ravi d'accueillir un stagiaire de Liège et vice-versa. Avec une once de volonté, il est à notre portée d'instaurer une gestion centralisée, respectant les capacités de déplacement de l'étudiant et optimisant l'occupation des lieux de stage. La volonté n'existe pas et les complications pleuvent : les étudiants sont parfois plus d'une dizaine dans un service qui n'en accueillait auparavant que 2 ou 3...
Les chefs de département ne sont pas en reste. Beaucoup n'ont pas anticipé en accueillant un surplus d'assistants ces dernières années et n'ont plus assez de place cette année. Certains sont d'un cynisme écoeurant et n'hésitent pas à n'offrir qu'une place d'assistanat en 2018, dans des disciplines où l'attente dépasse les 3 mois pour le patient. Ils choisissent " le meilleur " avec un pseudo-élitisme mensonger (ne me faites pas croire que les 10 suivants sont incapables de prester dans cette spécialité). Tout ceci s'est déroulé sous l'oeil approbateur des décideurs politiques et des facultés de médecine.
La dernière chose encore faisable est une communication décente. Or, hormis des annonces médiatiques douteuses, les étudiants ne connaissent pas les règles qui régiront la décision de leur vie qu'ils feront dans 2 mois. Malgré nos appels répétés, les représentants ne sont pas non plus impliqués correctement.
Les facultés, les politiciens et les chefs de départements n'ont manifestement pas pris la mesure de la problématique, puisque les places en spécialités n'ont pas été doublées et que la médecine générale n'est pas sûre de pouvoir absorber le tropplein, faute de maîtres de stage. Les retentissements pédagogiques sont majeurs.
Dans cette incapacité terminale, conséquence d'une incompétence globale et partagée, on soulèvera la question de la pertinence d'installer des médecins à des postes décisionnels, dans les services, les conseils d'administration des hôpitaux, les facultés, les cabinets ministériels. De même qu'un diplôme de médecin n'engendre pas une compétence en pédagogie, un médecin ne fait pas, a priori, un bon gestionnaire.