Une nuit blanche pour arrêter de broyer du noir ?

Alors que le fait de priver une personne de sommeil est, en temps normal, un acte considéré comme brutal et nocif, paradoxalement, en cas de dépression sévère, la méthode se révèle efficace, du moins de manière transitoire. La compréhension de ce phénomène pourrait ouvrir la piste à de nouveaux traitements.
L'insomnie, c'est bien connu, est un symptôme courant de la dépression. Elle empêche le corps et l'esprit de récupérer. Inversement, la dépression entraîne des troubles du sommeil. Et pourtant, la privation de sommeil en tant que méthode pour traiter la dépression fait l'objet depuis longtemps de recherches médicales. Des chercheurs de l'Université de Pennsylvanie viennent de confirmer qu'elle permet de réduire rapidement les symptômes de la maladie.
Le Pr Gehrman et ses collègues ont analysé 66 études indépendantes consacrées à l'influence de l'insomnie sur la dépression, y compris chez les personnes bipolaires, et réalisées sur une période de 42 ans. Une réponse à la privation de sommeil a été définie comme une diminution de la sévérité des symptômes dépressifs d'au moins 30%.
Les auteurs ont constaté que le taux de réponse était de 45% dans les études ayant eu recours à un groupe témoin aléatoire et de 50% dans les travaux n'ayant qu'un seul groupe de participants. Autrement dit, une amélioration chez près d'un malade sur deux.
Les résultats ne sont pas affectés par les médicaments, le type de dépression, l'âge ou le genre. De plus, l'efficacité est équivalente si la privation de sommeil est totale ou partielle, à condition que le patient n'entre pas en sommeil paradoxal. Enfin, l'amélioration se produit rapidement, mais les bénéfices s'estompent dès que le patient recommence à dormir.
D'autres recherches sont nécessaires pour comprendre les mécanismes qui sous-tendent la réduction rapide et significative de la gravité de la dépression, et identifier les prédicteurs potentiels des résultats du traitement afin de repérer les patients les plus susceptibles d'en bénéficier.
(référence : Journal of Clinical Psychiatry, 19 septembre 2017, doi : 10.4088/JCP.16r11332)