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Oser parler d'agression sexuelle

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Dégoûtée par le peu d'écoute alors qu'elle subissait les gestes déplacés d'un infirmier, Marie, alors jeune stagiaire, a décidé de se taire. "La médecine n'est pas encore prête pour aborder ces questions."

Emily Nazionale - 23 novembre 2017

Je n'en ai volontairement pas parlé à mon université, poursuit Marie (*). "Une de mes amies avait vécu une histoire similaire et s'était livrée à l'école. On l'a alors retirée de son lieu de stage et donné un nouveau plan. Quant à savoir si ça l'a vraiment aidée... L'histoire a fait grand bruit, mais c'était elle la nuisance au final. Elle a osé parler et s'est retrouvée punie."

Le silence, encore et toujours

"Deux ans après ce premier incident, j'ai été agressée par un collègue assistant. Nous étions seuls dans le cabinet et il m'a poussé contre le mur. Il me tenait fermement, mais je suis tout de même parvenue à le repousser. A partir de là, j'ai évité tant que possible cet endroit. Je tapais mes rapports à l'infirmerie. Là, je me sentais en sécurité."

"La confrontation avec l'infirmier en chef encore fraiche dans ma mémoire, il ne m'est pas venu à l'idée de me plaindre, ni auprès du collègue en question, ni ailleurs. J'étais sélectionnée pour ma spécialisation de base, mais devais encore soumettre ma candidature pour une sous-spécialisation. Ma position était délicate. Par la suite, cela s'est reproduit plusieurs fois. Avec le même collègue. Chaque fois, j'ai pu m'échapper. Puis, il y a eu un autre collègue, qui a aussi tenté de me sauter dessus à plusieurs reprises. (pause). Et ce n'est pas comme si je me montrais disponible. A l'époque, j'étais déjà mariée depuis un moment", souligne Marie.

"Vous espérez que cela va en rester là, mais l'histoire se répète. Plus tard, ça s'est passé avec un membre du staff, mon supérieur direct. J'étais dos à lui et j'ai tout à coup senti son étreinte. Il a plongé son nez dans mes cheveux. Je me suis figée. Je ne savais pas comment réagir. Si j'ai porté plainte cette fois-là?" Marie répond par un non de la tête. " Que devais-je faire? En parler aux chefs de service? Bien sûr que non. Dans une spécialité aussi masculine que la mienne, je n'avais nulle part où aller."

Une nouvelle chance

A mesure que Marie gravissait les échelons de la hiérarchie, les comportements déplacés ont disparu. " Je suis aujourd'hui moi-même membre du staff et je me sens totalement en sécurité." Selon l'intéressée, les comportements sexuellement déplacés sont guidés, non pas par le sexe, mais par le pouvoir. "Je ne suis plus une proie facile comme à l'époque."

Que ferait Marie si elle était à nouveau confrontée à ce genre de comportement? Y a-t-il un endroit au sein de l'hôpital où elle pourrait en parler? " Pas que je sache. Si un ou une stagiaire venait se confier à moi, je ne saurais pas quoi lui conseiller. Mais je sais que je voudrais l'aider", poursuit-elle. "Voilà pourquoi je parle aujourd'hui. Quand le hashtag #metoo est devenu viral, je me suis dit : ça y est. Enfin, toutes ces femmes ont osé faire entendre leur voix. Les comportements déplacés dont j'ai été victime ne relèvent pas à proprement parler du viol, mais ils m'ont pourtant marquée à vie. Savoir que l'on n'est pas en sécurité là où on passe autant de temps, ça vous pétrifie. Je souhaite aider les générations suivantes d'une manière ou d'une autre. D'où cette interview."

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onflits

Marie a toutefois choisi de conserver l'anonymat. "Je suis encore régulièrement amenée à travailler avec les gens qui m'ont harcelée à l'époque. Je ne souhaite pas déclencher de conflits." Selon Marie, le monde médical n'est pas prêt à changer ses pratiques et à parler ouvertement de l'agression sexuelle. "Je ne m'exprimerais pas plus si ça m'arrivait aujourd'hui. Il suffit de voir les critiques à l'encontre des victimes de Bart De Pauw (vedette de la télévision flamande licencié pour des comportements de harcèlement: NDLR) pour s'en convaincre."

Mais alors, que faut-il faire pour changer les mentalités? "En médecine, les décisionnaires sont souvent des hommes", explique Marie. " Je ne dis pas qu'ils abusent tous de leurs stagiaires ou de leurs assistantes, mais ils n'ont pas fait l'expérience d'une agression sexuelle et ne lui donnent donc pas l'attention nécessaire."

Petit à petit, davantage de femmes occupent ces postes. C'est une évolution positive, estime Marie, mais il faut aller plus loin. "Il faut un endroit où les stagiaires et les jeunes assistantes peuvent parler. C'est le rôle de l'université, car les stagiaires et les assistants ne travaillent en fait pas pour l'hôpital où ils suivent leur stage." Marie rappelle également qu'il est important que les personnes qui gèrent l'affaire ne soient pas les mêmes qui, plus tard, décideront de l'avenir de la stagiaire lorsque celle-ci postule.

Marie rêve d'une personne de confiance, qui connaît la formation médicale et plus particulièrement la culture de la compétition entre les étudiants. "En tant que stagiaire ou jeune docteur/doctoresse, tu veux à tout prix éviter que ton nom soit mentionné dans un contexte négatif, au risque que ta place soit donnée à un autre étudiant. C'est pourquoi beaucoup se tairont, comme moi à l'époque, s'ils subissent des agressions sexuelles. Ils n'oseront pas prendre le risque."

"Il faut leur offrir la garantie qu'ils ou elles pourront faire part de leur histoire en tout sécurité et que les auteurs de l'agression au sein de l'hôpital seront punis. Il faut arrêter de pénaliser la victime, en lui changeant son plan de stage par exemple. Le monde doit changer. Un prédateur sexuel ne peut rester impuni pour des faits commis sur des générations de stagiaires, tout simplement parce qu'il n'a aucun lien avec l'université et se dédouane ainsi de ses actes."

(*) Marie est un nom fictif

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