Migraine en fin de règles : une histoire de fer

Que les femmes payent en lourd tribut à la migraine, surtout en période de règles, est un fait bien établi. Mais les hormones en sont-elles la seule cause ? Se basant sur des années d'observation, une équipe de chercheurs de Caroline du Nord a mis à jour une nouvelle forme de migraine menstruelle qui survient en toute fin de règles voire quelques jours après et n'est pas liée aux fluctuations hormonales de cette période mais bien aux pertes de sang encourues et donc à une perte de fer.
Publié dans la dernière livraison de la revue Headache, leur essai confirmant pour la toute première fois cette hypothèse a aussi reçu le prix de la meilleure étude lors du récent congrès de la Société américaine d'étude de la migraine qui s'est déroulé à Scottsdale en Arizona.
Classiquement, les migraines menstruelles débutent avec les règles et sont liées aux fluctuations hormonales caractéristiques de cette période. Or, le Dr Anne Calhoun a remarqué que nombre de ses patientes au Carolina Headache Institute présentaient des crises migraineuses en toute fin de période menstruelle, voire même un ou deux jours après leur fin, qui ne pouvaient être liées au climat hormonal. Convaincue cependant qu'il s'agissait bien là de migraines en rapport avec les règles, le Dr Calhoun a émis l'hypothèse que ces migraines pouvaient être en relation avec d'importantes pertes sanguines entraînant, à la longue, une chute de la ferritine. Il est en effet connu que des taux bas en ferritine, l'anémie, l'hypoxie ou l'hypercapnie s'accompagnent, entre autres, de symptômes migraineux causés par la vasodilatation induite par ces perturbations. Restait donc à mener une étude pour vérifier cette intéressante hypothèse.
Du fer plutôt que des antimigraineux
Cette étude a évalué 119 patientes consécutives vues en consultation sur une période de six mois et qui étaient âgées de 39 ans en moyenne. Les investigateurs n'ont retenu que les patientes présentant des cycles réguliers. Parmi les 85 femmes qui répondaient à ce critère, 30, soit 35,3%, souffraient de crises migraineuses survenant en toute fin des règles, d'une durée de 2 à 3 jours et de grade sévère durant au moins 24h. Sur ces 30 patientes, 93,3% présentaient des taux bas en ferritine (< 50 ng/ml) et, pour la moitié d'entre elles, ce taux était très bas puisque inférieur à 18 ng/ml, le minimum requis chez les femmes. Traitées par supplémentation orale en fer ou, pour les taux les plus bas en ferritine, par perfusions, les patientes voyaient leur situation se stabiliser au bout de quelques mois et les migraines disparaître dans les 7 à 9 mois après le début du traitement. Il est bien évident que de nombreuses études doivent encore être menées avant que la migraine de fin de règle ne trouve sa place au sein de la classification internationale des états migraineux mais la voie est ouverte.
Ref: Calhoun A et al. Headache 2017(1);57:17-20.