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Retour sur les benzodiazépines

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Une étude finlandaise révèle que la prise régulière et prolongée de benzodiazépines ou de molécules apparentées augmente de 41% le risque de mortalité des patients atteints de démence par rapport aux patients qui n'y ont pas recours. Un signal fort pour les cliniciens en charge de ces patients afin de favoriser au maximum le recours à des thérapies non pharmacologiques pour traiter certains troubles comportementaux et psychologiques chez ces patients hautement vulnérables d'autant que l'augmentation du risque de mortalité est présente dès le début d'un traitement.

Jean-Luc Schouveller - 14 décembre 2017

Bien que les recommandations thérapeutiques internationales et nationales conseillent de ne recourir aux benzodiazépines et aux molécules apparentées que pour des traitements de courte durée et/ou espacés dans le temps chez les patients porteurs d'une maladie d'Alzheimer, on observe une augmentation de ce recours dès le diagnostic de l'affection. Environ un tiers de ces patients sont en effet traités par benzodiazépines sur base chronique pour anxiété, insomnies ou agressivité. Seuls quelques rares études se sont hasardées à l'évaluation de ces traitements au sein de cette population et ce, surtout en terme d'impact sur le risque de chutes, de fractures, d'AVC ou de pneumonies. De plus, comme il n'existe pas de données spécifiques concernant les patients institutionnalisés souffrant de démence, les investigateurs ont choisi ce groupe spécifique de patients pour une étude évaluant la mortalité toutes causes sur une période d'observation de 6 mois.

Privilégier les options non pharmacologiques

Pour recruter leurs patients, nos confrères finnois se sont tournés vers la cohorte Medication Use and Alzheimer Disease qui inclut tous les patients vivant en institution et diagnostiqués pour une démence de forme légère à modérée en Finlande entre 2005 et 2011. L'étude a inclus 10.380 patients qui ont initié un traitement par benzodiazépines et 20.750 patients qui ne prenaient pas de benzodiazépines, ces derniers constituant le groupe contrôle. L'âge moyen des patients était de 81 ans. Environ deux tiers des patients étaient sous benzodiazépines et 1/3 sous molécules apparentées. Sur une période de 6 mois, on observe une augmentation significative de 41% du risque de mortalité pour les patients sous benzodiazépines, un risque plus élevé que celui retrouvé par d'autres études menées chez des patients ne vivant pas en institution. De plus, la prise de molécules apparentées n'augmente pas le risque de mortalité de façon significative. Mais les investigateurs observent que la différence en terme de décès est faible entre patients sous benzodiazépines et patients sous molécules apparentées ce qui ne permet d'affirmer avec certitude que les molécules apparentées soient plus sûres. Toujours selon les investigateurs, le moindre risque associé aux molécules apparentées serait lié au fait qu'elles sont moins prescrites. Bien que l'étude ne permette pas l'étude des causes de mortalité, les hypothèses les plus plausibles seraient les fractures, les chutes, les pneumonies, les troubles du rythme et les apnées durant le sommeil. Ce constat amène à la conclusion que, face aux troubles psychologiques et du comportement des patients déments, il faut privilégier les prises en charge non pharmacologiques, et lorsqu'un trouble du comportement survient, mieux vaut en chercher la cause et tenter d'y remédier plutôt que de le masquer pour plus de facilité.

Ref: Saarelainen L. et al. Int J Geriatr Psychiatry publication en ligne 15/11/2017.

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