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Les perturbateurs endocriniens en cinq questions

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Pour clôturer notre série d'articles consacrés à la santé environnementale, un sujet qui fait l'actualité: les perturbateurs endocriniens. Sommes-nous à la veille d'une crise majeure, comme l'estime le Conseil national de l'Ordre des médecins (CNOM) en France? Les médecins sont-ils mieux préparés à informer et rassurer leurs patients? Réponses en cinq questions.

Laurent Zanella - 15 décembre 2017

1. De quoi s'agit-il?

Observée dès la fin des années 40 aux États-Unis, la notion de perturbateur endocrinien (PE) n'est officiellement née qu'en 1991, lorsque le Dr Theo Colborn, zoologue et épidémiologiste, rassemble 21 scientifiques à la conférence de Wingspread (Etats-Unis), afin d'étudier l'effet des produits chimiques sur les hormones.

En 2002, l'OMS définira les PE comme étant "des substances ou un mélange de substances, qui altèrent les fonctions du système endocrinien et de ce fait induisent des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de sous-populations." L'Union européenne se basera sur cette définition pour émettre la sienne, le 4 juillet 2017.

2. Quelles substances dans quels objets?

Il s'agit essentiellement de produits chimiques naturels, synthétiques et d'hormones de synthèse.

Parmi ces substances, on retrouve les insecticides, pesticides, fongicides et consorts qui affectent le système hormonal et le système nerveux des "nuisibles". On retrouve également de nombreux plastifiants, notamment les bisphénols A, qui ont fait l'objet d'une interdiction médiatisée en France en 2015 (2013 chez nous). Ce fameux bisphénol A traîne malgré tout toujours dans les tickets de caisse, les billets de banque, les cartes de crédit, les prothèses dentaires, les boîtes de conserve, et, bien sûr, dans les emballages plastiques.

Les phtalates font également parler d'eux. Ils sont présents dans de nombreux contenants alimentaires, films plastiques, emballages, jouets (pour lesquels une réglementation en limite grandement l' utilisation en Belgique depuis 2007), et même dans la fabrication de gélules gastro-résistantes, de poches de sérum, de cathéters ou encore de plombages dentaires.

On peut enfin citer, pêle-mêle, les produits perfluorés (antiadhésifs, antitaches), les ordinateurs, canapés, revêtements de sol, textiles où des retardateurs de flamme polybromés étaient incorporés, les isolants électriques à base de pyralène.

3. Quels effets sur la santé ?

Les chiffres sont éloquents: les cas d'autisme ne cessent d'augmenter, en Europe comme aux États-Unis, où 1 enfant sur 45 âgé de 8 ans y a été diagnostiqué autiste en 2014, contre 1 sur 250 treize ans plus tôt. Cela est dû au moins en partie aux PE, estime Barbara Demeneix, biologiste galloise et spécialiste mondiale des perturbateurs endocriniens, qui note également une baisse du QI de la population mondiale. Les médecins sont également témoins de pubertés précoces et d'autres effets indésirables sur la croissance, le développement, le comportement et l'humeur, ainsi que la fonction sexuelle et reproductrice.

Néanmoins, "l'estimation des effets des PE sur la santé humaine est rendue très difficile en raison de nombreuses interrogations sur leurs mécanismes d'action, la multiplicité des substances concernées et des voies d'exposition, l'exposition à de faibles doses, dans la durée ou à des périodes critiques du développement (in utero, lactation, puberté, par exemple)", note le département environnement cancer du Centre Léon Bérard de Lyon. "Le rôle de plusieurs substances PE est à ce jour suspecté dans l'apparition de cancers hormonaux-dépendants (cancer du sein, de l'utérus, de la prostate et des testicules), mais les données actuellement disponibles ne permettent pas de confirmer ce lien."

4. Pourquoi cela fait-il débat seulement aujourd'hui ?

Comme expliqué précédemment, la problématique n'est pas neuve. "Dans les années 50, il y a eu des débats très violents à propos du DDT, un insecticide dont les effets sur la faune sauvage ont été dénoncés", souligne le Dr Olivier Kah, neurobiologiste et directeur de recherche émérite au CNRS, dans le bimestriel du CNOM. "La nouveauté, c'est qu'il y a de plus en plus de substances qui entrent dans la catégorie des perturbateurs endocriniens, mais aussi que leurs mécanismes d'action apparaissent de plus en plus complexes."

Cette complexité se traduit en chiffres. En Europe, le Journal of Clinical Endocrionology & Metabolism a publié en 2015 une série d'études chiffrant le coût lié aux maladies attribuables aux PE à 157 milliards d'euros par an, soit environ 1,23% du PIB. Aux États-Unis, on dépasse les 340 milliards de dollars, selon The Lancet Diabetes and Endocrinology du 18 octobre 2016.

5. Quel est le rôle des médecins ?

"La sensibilisation de la population, en particulier des futurs parents, est essentielle", estime le Dr Olivier Kah. "Et les cabinets médicaux sont des lieux formidables pour faire passer des messages. Cependant, les médecins sont généralement peu informés sur ce sujet. Former les médecins sur cette problématique leur permettrait à la fois d'informer et de rassurer leurs patients qui pour beaucoup sont inquiets. Il faudrait notamment générer des documents pédagogiques simples qui pourraient être affichés ou distribués sous forme de dépliants".

En Belgique, les pesticides et les PE font désormais partie des sujets abordés au sein de groupes locaux d'évaluation médicale (Glem). Médecin à Fernelmont, où la situation est sensible depuis mars 2016 et où l'on suspecte un cluster de cancers, le Dr Étienne Bolly a participé à un Glem fin novembre sur le sujet. "Tout d'abord, j'ai été frappé par l'intérêt des médecins, nous avons reçu des retours très positifs. Nous avons perçu l'immense complexité des problèmes, tels que le manque de mesures en Wallonie, l'effet cocktail des perturbateurs endocriniens, les seuils de pesticides acceptables, qui ne semblent pas avoir été fixés de façon scientifique mais qui font autorité en Europe et la sensibilité différente des individus suivant l'âge."

Le médecin hesbignon témoigne du changement de mentalité, depuis que le journal du Médecin l'a rencontré voici bientôt deux ans. "Nous pouvons tous observer, chacun de notre côté, une augmentation de certaines pathologies qui nous interpelle, et nous pouvons maintenant mieux partager cela. Personnellement, je me sens bien mieux armé que lors de notre première rencontre. La presse en parle et quand le médecin en reparle à la consultation, je pense que cela aide à réfléchir. Je n'ai pas de nouvelle preuve scientifique mais je peux évoquer le sujet dans une ambiance plus réceptive sans avoir l'air d'un illuminé. Systématiquement, j'en parle aux femmes enceintes et je me rends compte qu'il y a beaucoup d'infos à faire passer."

Quelques recommandations aux femmes enceintes

" En changeant un peu ses habitudes, on peut limiter les effets cocktail", explique le Pr Célia Ravel, chef de service de biologie de la reproduction du CHU de Rennes, dans le bimensuel du CNOM. "Je pense que la limitation de ces substances va passer par une prise de conscience des consommateurs. D'où l'importance du rôle d'information des médecins..."

Célia Ravel donne quelques recommandations à transmettre en priorité aux femmes enceintes :

Éviter les produits qui ont été en contact avec des pesticides ;

Limiter sa consommation de poissons gras et de crustacés chargés en métaux lourds et en perturbateurs endocriniens ;

Éviter les plastiques alimentaires, et surtout ne pas les utiliser pour chauffer au micro-ondes ;

Faire attention aux cosmétiques en évitant d'en mettre trop ou en privilégiant les produits bio ;

Aérer régulièrement son logement

Bannir les poêles qui possèdent un revêtement anti-adhésif.

Sources

www.cancer-environnement.fr

http://www.ecoconso.be/fr/Les-principaux-perturbateurs

Inserm

La revue bimestrielle du CNOM de septembre-octobre 2017

Le Monde

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