eSanté : une veille permanente des dysfonctionnements prévue pour février 2018

Le 24 novembre dernier, le journal du Médecin évoquait en Une de son édition l'initiative eCrash de la Société scientifique de médecine générale. Aujourd'hui, la SSMG veut pousser plus loin la réflexion et planche sur un très prochain eCrash bis pour mettre en place une veille continue des dysfonctionnements auxquels sont confrontés les médecins générales. Le lancement est prévu en février 2018.
Pour rappel, eCrash est un point de contact où chaque médecin généraliste peut évoquer les problèmes qu'il rencontre dans l'utilisation du DMI et des différents eServices développés dans le cadre de l'eSanté.
Le constat tiré après quelques mois d'utilisation était implacable : la frustration domine nombreux utilisateurs, même les plus convaincus de la plus-value de l'informatisation médicale.
Loin de la béatitude gouvernementale concernant ce changement de paradigme de la médecine, c'est un retour sur terre que promet cette initiative. " Sur le terrain, au quotidien, les médecins généralistes doivent travailler avec des programmes et systèmes instables, pour certains immatures, pour d'autres peu ergonomiques et chronophages, et qui deviennent obligatoires ou vont le devenir ", prévient la SSMG. " Certaines applications étaient supposées alléger la charge administrative. Il n'en est rien. Au stade actuel de finition de certains e-services, l'informatisation a plutôt augmenté le temps à consacrer aux formalités. Enfin, le prix des logiciels labélisés, auquel s'ajoutent frais d'installation et de maintenance, accuse une hausse régulière et importante. Les généralistes n'ont pas d'autre choix que de s'y plier. "
Et maintenant ?
La SSMG compte mettre en place une veille permanente des problèmes auxquels les médecins généralistes informatisés ou en voie d'informatisation sont confrontés, de sorte à continuer à les relayer vers les autorités, dans l'espoir que des mesures soient activement prises pour leur résolution. " Nous travaillons sur une nouvelle version du formulaire de notification, qui va permettre aux consoeurs et confrères de présenter de façon plus détaillée ce qu'ils ont expérimenté comme dysfonctionnement ", indique le Dr Parmentier, responsable de la cellule eSanté de la SSMG. " Nous allons leur proposer de joindre des documents qui illustrent leur témoignage, comme des captures d'écran, par exemple. "
" Il en va de la rétention des forces vives dans la profession ", pointe la SSMG. " Il en va du temps que les médecins généralistes, dont les effectifs se réduisent, peuvent réellement consacrer à soigner la population belge. " " Aujourd'hui, la perte de temps imputable à l'usage des outils de l'e-santé à 40 minutes par généraliste par journée de travail ", estime le Dr Parmentier.
"Un modèle à revisiter"
Parallèlement à l'organisation de cette collecte en continu, la cellule e-santé poursuit sa réflexion plus générale sur le modèle belge d'e-santé, pour qu'il atteigne ses objectifs d'amélioration de la qualité et de l'efficience. " Il y a des problèmes structurels qui grèvent son architecture et sa gouvernance ", juge la cellule. " Le modèle, qui s'est construit sans project management global, est caractérisé par une profusion de dispositifs redondants, usant de technologies différentes. "
La cellule affine actuellement des propositions qu'elle soumettra aux pouvoirs publics et administrations au premier semestre 2018. L'une d'entre elles est, par exemple, le "Dossier Patient Multidisciplinaire" (DPM) Cloud, avec synchronisation en continu de la base de données du DMI du médecin (et des autres prestataires de soins, hôpitaux, laboratoires...) et du DPM Cloud.
Ce n'est pas la première fois que la SSMG met cette solution en avant. Pour la cellule eSanté, cette synchronisation ferait disparaître la nécessité de messageries entre intervenants, le travail d'émission et d'intégration des documents à partir du et dans le dossier patient, et le temps de latence entre le changement d'une donnée critique (médicament ou allergie) par un médecin X et la disponibilité de l'information pour son confrère Y prenant en charge le même patient.