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Épidémie de grippe : pas trop grave cette fois ?

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Nous sommes en période d'épidémie de grippe, mais les unités de soins intensifs belges ne sont pas surchargées de cas sévères. Bien sûr, comme chaque année, certains malades grippés doivent être traités par ventilation mécanique, mais peu d'entre eux nécessitent un support extracorporel par ECMO ( extracorporeal membrane oxygenator). Pas autant que lors de l'épidémie de H1N1... et pas comme une prochaine fois, qui peut être bien pire.

Dr Jean-Louis Vincent - 19 février 2018

Tout de même, un collègue italien me racontait les difficultés majeures rencontrées chez lui, à Gênes, non seulement parce que les lits de soins intensifs étaient sur-occupés (en Italie, on y arrive vite, car le nombre de lits est limité), mais parce qu'il fallait les faire fonctionner avec un quart d'infirmier(e)s en moins... et oui, l'épidémie touche aussi le personnel soignant !

Mais que se passera-t-il lorsqu'il s'agira d'un virus plus agressif ? Rappelons-nous que l'épidémie de grippe en 1918-19 (appelée "espagnole" même si elle était en fait originaire des USA) a tué plusieurs dizaines de millions d'individus - probablement autant que l'épidémie de peste ("black death") du XIVe siècle. Bien sûr, vous me direz, les cas mortels de grippe sont généralement dus à une insuffisance respiratoire aiguë, et il n'y avait pas encore de respirateurs à l'époque. Mais les respirateurs peuvent ne pas suffire dans les cas sévères, où il faut alors recourir à l'ECMO. Mais ce traitement nécessite des équipes professionnelles entraînées et de qualité et surtout un nombre suffisant d'appareils ! Ne rêvons pas, nous serons vite à court. Que ferons-nous alors ? Ces insuffisances respiratoires concernent souvent des jeunes, des femmes enceintes (souvenez-vous de la "petite" épidémie de H1N1). Quand il n'y aura plus de place en unité de soins intensifs, plus de machine disponible, que ferons-nous quand le prochain cas sévère se présentera ? Et quand le directeur d'hôpital appellera pour un de ses proches ? Ou le ministre de la santé ? Ou notre meilleur ami(e) ? Ou quand il s'agira de notre propre enfant ? En bioéthique, le principe du "premier venu, premier servi" doit être évité, et on y préfère celui d'utilitarisme. Faut-il alors arrêter le traitement d'une personne plus âgée pour permettre celui d'un plus jeune ?

La réponse est généralement : "Brrr, pourvu que cela n'arrive pas...", et pourtant nous savons que cela arrivera un jour. D'autant plus que des virus agressifs peuvent passer de l'animal à l'homme et la propagation du virus est facilitée par le développement de grandes villes et les voyages aériens...

Que faire, alors ? Non seulement le recours à la vaccination peut être promu mais aussi la préparation de vaccins pourrait être considérablement améliorée. Il est surprenant que les techniques utilisées aujourd'hui soient encore quasi artisanales, exigeant plusieurs mois de préparation. Par ailleurs, les spécialistes soulignent qu'on pourrait développer des vaccins efficaces pour quelques années comme pour le tétanos ou la fièvre jaune.

Il est aussi surprenant de constater le peu de progrès faits dans le domaine des médicaments antiviraux dirigés contre l'Influenza. Les médicaments disponibles aujourd'hui (comme le zanamivir, l'oseltamivir ou le peramivir) sont peu efficaces. De plus, leurs stocks sont rapidement vides en cas d'épidémie. Comparons aux progrès considérables faits dans le traitement du VIH... Pour l'industrie pharmaceutique, le domaine n'est pas très profitable, pour un usage de quelques semaines par an, réservé aux cas graves. Notre société devrait y consacrer plus de moyens. Et il y a beaucoup à faire.

Nous savons bien qu'une épidémie grave va arriver mais nous ne savons pas quand. Et quand elle arrivera, il sera trop tard pour se dire que nous aurions dû agir plus tôt...

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