Lombalgie : la prise en charge est trop souvent inadéquate

Le constat est rude : selon une vaste revue de la littérature médicale menée par plus de 30 experts à travers le monde, trop de patients souffrant de douleurs dorsales ne reçoivent pas les bons traitements et cela engendre des souffrances et coûts inutiles.
Se référant aux travaux les plus récents sur la prévalence des douleurs lombaires dans le monde, les contributeurs de trois articles publiés dans The Lancet confirment que la lombalgie constitue désormais la principale cause d'invalidité dans le monde, avec plus de 540 millions de personnes limitées dans leurs activités quotidiennes. Soit une hausse de plus de 50% depuis 1990 et qui devrait se poursuivre en grande partie à cause du vieillissement et de l'augmentation de la population mondiale, surtout dans les pays à bas et moyens revenus où les ressources sont par ailleurs insuffisantes.
Dans un premier article, des scientifiques attirent l'attention sur la complexité des causes d'une lombalgie et l'implication des facteurs sociaux, psychologiques, et biophysiques.
Les auteurs du deuxième article rappellent les recommandations en termes de prise en charge, et soulignent la rareté des travaux de recherche menés dans ce domaine. Ils mettent par ailleurs en évidence le faible intérêt, voire la nocivité, des traitements reçus. En ligne de mire, l'incitation au repos et à l'arrêt de travail, la multiplication des examens radiologiques, l'usage inapproprié de la chirurgie ou des injections locales et la prescription à haute dose d'antidouleurs, tels que les opioïdes. Des mesures qui coûtent cher au système de santé.
Le troisième article est un appel à l'action. Le Pr Rachelle Buchbinder et ses collègues invitent à se débarrasser des mauvaises habitudes prises dans les pays développés et à renoncer aux traitements à l'efficacité douteuse. Relevant un lien direct entre l'état de santé général (obésité, manque d'exercice, etc.) et les problèmes de dos, ils recommandent différentes mesures comme le développement de la prévention, une activité physique fréquente, un aménagement du mode de vie, une éducation thérapeutique à la gestion de la douleur chronique, l'amélioration des conditions de retour en emploi...
(référence : The Lancet, 22 mars 2018)