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Prix du Généraliste: Dr Alizée Detiffe (UCL)

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La dermoscopie, un outil utile et praticable en MG ?

Rédaction Web - 10 mai 2018

Le médecin généraliste voit quotidiennement des dizaines de lésions présentes sur la peau des patients lorsqu'il les examine. La plupart d'entre elles sont inoffensives mais laissent souvent perplexes. Savons-nous faire le tri ?

Le mélanome tue 300 belges par an. Pour l'instant et jusqu'à preuve du contraire, notre seule action pour diminuer sa mortalité est de le diagnostiquer précocement. La dermoscopie a été validée comme un outil permettant à un examinateur formé d'améliorer le diagnostic différentiel des lésions cutanées pigmentées et d'évaluer plus précisément leur malignité. Cet intérêt a également été démontré pour les médecins généralistes.

Question

La dermoscopie, un outil utile et praticable en médecine générale ?

Méthodes

Le travail a débuté par une recherche de littérature sur l'état de la question du diagnostic du mélanome et l'intérêt de la dermoscopie principalement en médecine générale. En parallèle, j'ai acquis une expérience en dermoscopie pour pouvoir la pratiquer au cabinet en participant à plusieurs formations théoriques et pratiques.

A la suite de cela, une " étude pilote " a été réalisée au cabinet " Bleeckx-Aujoulat ". Durant six mois, nous avons testé la faisabilité et l'apport de la dermoscopie au quotidien du généraliste. En consultation, les lésions pigmentées évaluées comme " atypiques " à l'oeil nu étaient examinées au dermoscope. Les patients présentant de nombreux nævus se voyaient proposer une consultation différée pour un examen complet de la peau avec dermoscopie de leurs lésions " atypiques ".

Au terme de ces six mois, nous avons demandé l'avis de septante-sept médecins généralistes pour trente lésions douteuses à l'oeil nu que nous avions examinées en dermoscopie. Le but étant de comparer l'apport du dermoscope dans notre prise en charge par rapport à l'examen clinique à l'oeil nu seul du médecin généraliste.

Résultats et discussion

Le dermoscope a été un outil facile d'utilisation en consultation. De la taille d'un otoscope, il s'utilise rapidement. Examiner une lésion nous prenait environ moins d'une minute.

Durant six mois, nous estimons avoir examiné 366 lésions au dermoscope.

Nous avons pu rassurer le patient sur le caractère bénin de sa lésion dans 75 % des cas. Nous avons demandé de suivre leur évolution après 3 mois pour 20 % des lésions. Nous avons décidé d'enlever d'emblée 5 % des lésions soit un nombre de 18. 15 de ces 18 lésions ont effectivement été enlevées. Trois patients n'ont pas pris rendez-vous pour l'exérèse. Parmi ces 15 lésions, 53 % étaient " malignes " dont 3 étaient des mélanomes.

L'étude comparative avec l'analyse à l'oeil nu de médecins généralistes montre que nous avons pu rassurer le patient pour 60 % des trente lésions douteuses soit presque quatre fois plus que les médecins généralistes interrogés. L'examen à l'oeil nu a permis aux généralistes de donner le " bon diagnostic " pour un tiers des lésions. Les lésions non-mélanocytaires (kératoses, carcinomes basocellulaires, lésions vasculaires, etc.) ressortent comme étant plus difficiles à diagnostiquer. La dermoscopie est effectivement décrite dans la littérature comme apportant un meilleur diagnostic différentiel de ces lésions.

Conclusions

Le dermoscope nous a permis d'identifier avec plus de précision ces lésions cutanées qui nous posaient question et nous a aidés à prendre une décision thérapeutique plus facilement qu'à l'oeil nu. Nous avions plus d'arguments pour rassurer le patient ou pour enlever une lésion. Cet outil nous a donné plus de certitude dans le diagnostic différentiel des lésions cutanées pigmentées et une plus grande aptitude à évaluer leur malignité.

Augmentant notre confiance, la dermoscopie a avivé notre attention pour la peau des patients nous permettant d'accorder plus d'importance à certains détails et à y répondre.

De plus, grâce au dermoscope, nous avons augmenté notre champ de possibilités au sein du cabinet. Permettant d'aller plus loin dans nos diagnostics dermatologiques et de faire de la petite chirurgie, la dermoscopie enrichit la diversité de la médecine générale qui fait la joie de notre métier.

Néanmoins, le généraliste ne pourra négliger la formation théorique et surtout pratique que l'usage de la dermoscopie implique.

Un métier riche en liens

Le Dr Alizée Detiffe a commencé ses études de médecine pour comprendre comment fonctionnait le corps humain, cette machine incroyable. Au fil des années et des échanges, elle a découvert la richesse du lien "patient-médecin" et a voulu se rapprocher du patient en choisissant la médecine générale. Une des plus grandes qualités du médecin généraliste selon elle reste l'humilité fasse à la science : "La médecine n'est pas une science exacte et par ce fait, nous devons sans cesse remettre en question ce que l'on sait, ce que l'on croit savoir et ce que l'on nous dit", nous a-t-elle expliqué. Sa vocation, elle l'a choisie pour sa diversité et sa proximité : "A la fois pour les multiples motifs de consultation pour lesquels les patients viennent nous voir, et pour les échanges qui se construisent dans la durée entre un médecin de famille et ses patients", a-t-elle ajouté. Après son assistanat, elle a remplacé son ancien maître de stage pendant plusieurs mois, ce qui lui a permis de voler de ses propres ailes. Ses projets ? En soif de découverte de nouveaux horizons et de nouveaux visages, elle a récemment suivi une formation de "Médecine Tropicale" à l'Institut de Médecine Tropicale d'Anvers, et vient de partir travailler avec "Médecins du Monde" à Mayotte pour un projet de "Santé-Environnement". "Je reste animée par la médecine générale belge et reviendrai m'installer dans nos campagnes au retour de cette expérience." nous a-t-elle confirmé. Curieuse, le Dr Detiffe aime se questionner sur ce qui construit le métier et en particulier sur les influences "politico-économiques" qui façonnent et dirigent les pratiques. "Je fais partie de plusieurs groupes de formation et de réflexion sur la médecine. Entre autre, le "GRAS - Groupe de Recherche et d'Action pour la Santé" et la SSMG, a-t-elle ajouté, "ceci me permet de m'impliquer et d'être actrice de ma profession en dehors de mon cabinet de consultation.". Et de conclure : "La médecine générale de demain a besoin de médecins engagés pour défendre les valeurs de la médecine générale."

C.S.

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