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Impact de la polymédication non VIH sur la morbi-mortalité des patients VIH

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Selon les résultats d'une étude prospective américaine menée sur base des données du service de santé du Department of Veterans Affairs et publiée récemment dans la revue AIDS, la prise d'au moins deux traitements non VIH, prescrits à titre préventif, curatif ou pour lutter contre certains effets secondaires des traitements ARV, augmente de 50% le risque d'hospitalisation et de 20% le risque de mortalité du patient âgé vivant avec le VIH.

Jean-Luc Schouveller - 23 mai 2018

Il est important de noter que ces augmentations de risque sont identiques chez les patients non VIH en cas de polymédication. Attention donc à ne prescrire que les traitements non VIH absolument indispensables et incontournables pour la survie et/ou la qualité de vie du patient.

La rançon du succès des ARV

L'amélioration, tant des traitements ARV que de la prise en charge des patients vivant avec le VIH, se traduit, ces dernières années, par une augmentation continue de l'espérance de vie de ces patients qui sont de plus en plus nombreux à atteindre un âge avancé avec tout ce que cela comporte comme risque de développement des maladies liées à l'âge ou au grand âge et de son corollaire, la polymédication pour prévenir ou traiter ces affections sans oublier les traitements spécifiques destinés à traiter les effets secondaires propres à la prise d'ARV.

Nouvelle donne: la polymédication

Face à cette nouvelle situation, des investigateurs du Department of Veterans Affairs ont mis sur pied une étude prospective tant pour évaluer l'impact de cette polymédication non VIH sur les hospitalisations et la mortalité des patients vivant avec le VIH que pour déterminer si cet impact diffère en fonction du statut VIH. Pour ce faire, ils ont créé deux cohortes sur base des données disponibles pour l'année 2009 et suivi l'évolution des patients entre 2010 et 2015. La première cohorte comportait 9.473 patients vivant avec le VIH et la seconde 39.812 patients non VIH. Environ 2/3 étaient âgés de 50 à 64 ans et la grande majorité était des hommes. Tous les patients VIH étaient sous traitement et leur compte moyen en CD4 était de 515. Comme il n'existe pas vraiment de valeur seuil définissant la notion de polymédication, les investigateurs ont évalué leurs deux critères, hospitalisation et mortalité, sur base de deux valeurs prédéfinies, soit la prise d'au moins deux médications, soit la prise de cinq traitements ou plus. Concernant les comorbidités, on trouve majoritairement l'HTA non contrôlée (21%), les troubles lipidiques (42%) et les affections psychiatriques (27%).

Impact de la polymédication

Globalement et sur un suivi de 5 ans, on observe, par rapport aux patients du groupe contrôle, davantage d'hospitalisations (58% vs 55%) et une mortalité plus élevée (17% vs 14%) chez les patients VIH mais sans que cette différence ne soit significative. Tous facteurs confondus, la polymédication non VIH augmente de 50% le risque d'hospitalisation indépendamment du statut VIH puisque la même augmentation de risque est retrouvée chez les patients du groupe contrôle.

A chaque nouveau traitement non VIH ajouté, on augmente de 8% le risque d'hospitalisation pour le patient VIH. En ce qui concerne le risque de mortalité, il est augmenté de 20% pour les patients VIH et de 49% pour le patient non VIH si la polymédication se définit par la prise de 2 traitements ou plus. Si on prend en compte la seconde définition, prise de 5 traitements ou plus, il n'y a plus de différences puisque l'augmentation du risque de mortalité est de 43% indépendamment du statut VIH. Conclusion, la polymédication non VIH augmente le risque d'hospitalisation et de mortalité indépendamment du statut VIH et cette augmentation est d'autant plus importante que le nombre de traitements prescrits s'accroît. Pour les investigateurs, il est donc important de toujours bien évaluer la pertinence de l'adjonction d'un nouveau traitement non VIH chez les patients vivant avec le virus et surtout d'éliminer tout traitement non indispensable pour la survie ou la qualité de vie du patient âgé vivant avec le VIH.

Ref: Justice A. et al. AIDS (2018), 32: 739-49.

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